vendredi 13 mai 2016

Retour via Rio et Miami

Salut! C'est MP qui se lance dans la dernière entrée de blogue (pour une deuxième fois, ayant perdu mon premier jet...)

Comme notre avion partait vers 8h, on avait réservé un transport privé qui fait la navette jusqu'à l'aéroport en dehors des heures d'achalandage. On a donc quitté le AirBnB vers 5:30 pour aller attendre notre lift. On s'était arrangé avec le proprio pour notre départ, mais le concierge/portier/armoire à glace n'avait pas été mis au courant. Il nous trouvait donc plutôt louches de quitter de bon matin comme ça... Malgré nos explications et les courriels échangés avec le proprio, rien n'y faisait, il ne voulait pas nous laisser partir! Il a donc fini par le rejoindre au téléphone chez ses parents, en réveillant toute la maisonnée à la fois... François, qui déteste plus que tout ce genre de situations administratives, attendait impatiemment avec le chauffeur dehors, qui lui ne semblait pas du tout dérangé par notre retard! D'ailleurs, l'autre madame qu'on passait prendre chez elle dans une Buenos Aires déserte n'était pas plus prête! Des fois c'est avantageux que d'être en retard soit dans la culture!

On a pu attraper la navette à temps et se rendre à l'aéroport style 1970 qu'est Ezeiza. En tant que bons touristes, on s'assure qu'on ne récupère nos bagages qu'à Toronto, Ce qu'on nous confirme. Ce détail insignifiant aura de l'importance plus tard... Étant beaucoup trop d'avance finalement, on a roupillé et écrit le blog en attendant notre départ vers Rio.

En sortant de l'avion à Rio, on a croisé Barbara, une amie qui était au mariage et qui prenait le même vol que nous! On lui a dit au revoir étant donné qu'on comptait partir rapidement pour aller visiter la ville avant de reprendre l'avion. Juste pour être sûrs (ou TOC?), on a vérifié encore qu'on avait pas à reprendre nos bagages, ce qu'on nous a à nouveau confirmé ...

On est sortis de la zone internationale, croisant au passage des douaniers affairés à vider des valises pleines d'armes d'assaut devant tout le monde, pour aller demander conseils à l'info touristique, où un jeune super motivé nous a donné plein d'idées pour occuper nos maigres 3 heures d'escale... Après avoir perdu le tiers de notre escale à  chercher un guichet qui fonctionnait (bin non, j'exagère un peu), on a quitté en bus vers le centre ville. Le trajet a duré environ 1h, avec tout le bordel et le traffic auquel on s'attend à Rio! C'est sans compter les travaux débutés en vue des Jeux Olympiques, qui donnent à la ville une apparence d'après-guerre, notamment sur quelques rues principales où ils ont tout démoli en vue de construire un tramway. Je veux pas être pessimiste mais la ville a l'air moins prête pour les JO qu'elle l'était il y a 3 ans...

On a décidé de visiter le centre-ville, une section de la ville qu'on n'avait pas pu visiter en 2013. En fait, on l'avait visité en arrivant à l'aéroport mais c'était dimanche, et désert, et sale, et louche, et plein de SDF, et non-recommandé de s'y promener là la fin de semaine. On avait donc pas de très beaux souvenirs de l'endroit et on s'est dit qu'on y retournerait pour voir la différence un jour de semaine. Et c'était vraiment bien! Plein de monde, plein de vie, de la samba dans des hauts-parleurs, l'armée qui patrouillait: génial quoi! L'architecture était bien aussi, il y avait un magnifique théâtre devant une grande place plein de papis assis à voir passer le temps. On s'est pris un petit snack sur le pouce, en rushant avec notre portugnol, et on s'est dirigés vers le "cabinet royal de lecture" tout droit sorti de l'époque portugaise. Des murs et des murs de livres anciens et poussiéreux sur plusieurs étages, avec une grosse statue en rénovation au centre. C'était plutôt mignon comme lieu pour aller étudier, disons!

On est passés devant une cathédrale protestante, puis devant l'AFFREUSE et IMMONDE cathédrale catholique moderne, probablement une des architectures les plus horribles que la terre ait jamais porté. Pour vrai, allez googler ça, vous nous croirez ensuite.

Suivait un viaduc sur lequel notre marche de 2 minutes nous a rappelé que Rio peut être trash... À part de pauvres gens qui errent et/ou jonchent les trottoirs, ce quartier populaire abrite une attraction originale, un escalier couvert de céramiques colorées créé par un Chilien et qui est devenu une attraction à la Parc Guell! Puis on a fini notre recorido en revenant vers la place du théâtre et en buvant un jus d'açaï et une limonade à la lime maison! Mmmmh! 

Avant de terminer notre visite, on a vu rapido l'ancienne place du gouvernement, i.e. quelques édifices coloniaux dispersés devant une place vide, puis on est partis à la recherche du bus pour revenir à l'aéroport. Bonne chance! L'arrêt mesure 25 mètres de long, avec un tas de monde sortant du bureau, aucun numéro de bus clair, et chaque autobus se suit et arrête quand il y a de la place donc les usagers courent en direction du bus en espérant qu'ils y arrivent avant que celui-ci décide de repartir... Personne n'a pu nous renseigner si on était à la bonne place... Ça faisait une bonne 15aine de minutes où on se voyait rater notre avion quand François s'est mis à courir comme un demeuré avec les bras dans les airs vers l'autobus tant attendu!

De retour à l'aéroport après 1h15 de pare-chocs à pare-chocs, on a dépensé nos derniers Reals dans des nouilles-sushis-crème glacée-frites-gommes-dons aux enfants pauvres. On a mangé avec Barbara qui attendait elle aussi son avion vers Ottawa, avant d'embarquer dans le nôtre vers Miami!

Miami nous attendait vers 3h du matin, avec ses douaniers qui crient après les passagers en décalage horaire: bienvenue aux États Unis! Heureusement, celui à qui on a eu affaire a été plutôt gentil:
  • Monsieur, votre passeport est presque plein, c'est la loi de laisser au moins deux pages vides. Je pourrais vous donner une amende pour ça. Mais je ne le ferai pas parce que vous êtes Canadien... Mais changez-le vite parce que d'autres pourraient ne pas être aussi gentils que moi...

Après avoir fait nos hobos sur des bancs en attendant la clarté, on a déjeuné rapido et on a jasé avec le monsieur de l'info touristique super sympathique qui nous a expliqué comment se rendre aux coins intéressants de la ville. Munis à nouveau de nos bermudas, on est partis explorer la ville via un métro aérien. Le centre-ville de Miami ressemble à n'importe quelle ville américaine, sauf qu'il contient... un café Juan Valdez!! La tienda colombiana qui m'avait rendue accro à ses cafés glacés sucrés plein de crème fouettée! On a continué à marcher le long des promenades en bord de mer, dans des quartiers plus qu'aisés, avec des yachts stationnés de temps en temps et des riches épouses promenant leur progéniture en poussette.

Après, on s'est rendus à South Beach, où on a marché le long de la plage. Je dois avouer que je m'attendais à pire de Miami, je pensais que ça allait être plein à craquer de monde et de parasols, mais c'était finalement moins pire que les plages du Monténégro!

On a dîné dans un resto cubain sur la Hispaniola Way, une rue plus que touristique mais où on a finalement très bien mangé! Puis on a digéré nos albondigas vers le nord de Miami beach, d'où on a attendu le bus en jouant au jeu de repérer les autos de luxe qui passaient. Ce qui est arrivé souvent vous vous en doutez...

Le vol vers Toronto fut sans embûches, et on a pu admirer un magnifique coucher de soleil au-dessus des nuages!

L'arrivée, elle, fut différente, lorsqu'on a bien vu que nos valises n'avaient pas suivi... On est donc allés voir le gars de Air Canada, qui nous a dit que en effet, nos valises étaient restées à Miami et que "il aurait fallu les récupérer là-bas", ce qui lui a donné droit à moult protestations de notre part!! Il nous a confirmé qu'elles seraient sur le prochain vol, qui arriverait à minuit. Le problème c'est qu'il fallait se rendre à l'hostel pour ne pas qu'ils pensent qu'on ne se présenterait pas, et que si un seul de nous deux restait à attendre les sacs, ce serait plutôt désagréable de ramener deux backpacks et un sac à dos en métro... On a donc demandé au gars s'ils pouvaient nous rembourser le taxi comme dédommagement. Ils nous a dit que lorsqu'on serait à Québec, on pourrait appeler à un numéro X et voir ce qu'ils pouvaient faire de manière rétrospective. Pour nous, ça sonnait comme un "c'est certain que cette possibilité n'arrivera jamais!" donc on a décidé de tenter notre chance avec le comptoir des départs d'Air Canada.

Deux jeunes employées attelées à ne rien faire ont été super gentilles et étaient d'accord que la situation était poche. Comme d'habitude dans ce genre de situation, notre tactique à François et moi est d'être le plus gentils possibles pour que les gens du service à la clientèle soient plus enclins à acquiescer à nos demandes, ce qui fonctionne souvent. D'ailleurs, quand la gérante est arrivée pour nous parler, la première chose que les filles lui ont dit était "pas d'inquiétude, ils sont gentils"! Finalement, la gérante nous a donné un genre de certificat cadeau à donner au chauffeur de taxi pour qu'on n'ait pas à payer d'emblée. Pour des raisons administratives, il fallait qu'elles marquent une "raison" sur le certificat cadeau et elles y ont inscrit en riant: "angry customers"! 

François allait donc rester à attendre nos valises alors que j'allais aller avertir l'hôtel de notre retard pour réserver nos lits. La dame de l'info touristique était bête comme ses pieds et on a finalement croisé les deux employées d'Air Canada qui m'ont aidé à trouver où descendre pour l'hostel! François a écrit le blog, a attendu longuement et a pu observer un client vomir devant lui au Subway à sa plus grande joie (c'était jaune). De mon côté, je suis partie en grelottant (on était en janvier et nos vêtements chauds étaient dans nos backpacks...). J'ai roupillé un peu jusqu'à 2h du matin où François est arrivé comme un prince charmant avec tout notre stock.

Ça a l'air facile dit comme ça mais François me rappelle que ce fut quand même compliqué pour lui de retourner dans la zone internationale, se faisant escorter par un douanier bête. Il a après été envoyé à la fouille secondaire et à raconté l'histoire expliquant sa face déconfite à l'idée de devoir défaire et refaire les 3 sacs... Finalement, le douanier a eu pitié de lui et lui a évité la fouille avec un "Welcome home, sir." Notre angry customer a pris le taxi avec un chauffeur Indien sympathique puis est allé au bar attenant l'hostel pour chercher ses clés, où il s'est fait flatter par un gars bizarre qui a lui dit "Welcome to Toronto!"

Le lendemain matin, le déjeuner de l'hostel était génial! Une gaufre avec une montagne de fruits dans un bar à jus grano! En faisant notre check-out, une employée nous demande où on s'en va. On lui répond "Québec" et elle de répondre: "ooooh lucky you! You'll see, Quebec is a beautiful city!!". Ouais, on sait :)

On avait eu un super deal avec Via Rail vers Montréal, qui, malgré ses vieux wagons, reste plus agréable que le bus! Par contre, à côté de nous se trouvaient 4 soldats vraiment crétins qui ont passé leur temps à faire des jokes grasses. Le trajet était très joli par moment: le long du lac et du fleuve, entre des fermes et il y avait peu de neige pour l'époque de l'année! Avant de partir vers Québec, on a rencontré le frère de François et sa copine dans un café puis on a pris notre lift Amigo express avec un officier du Royal 22ème régiment. Contrairement aux 4 taupins du train, il était vraiment intéressant, avec une belle vision de l'armée (?), une tête bien solide sur les épaules et qui faisait des présentations sur le féminisme à ses soldats!

Après tout ce trajet, nous sommes enfin arrivés à notre appartement, retrouvant notre chat en manque d'amour!

Marie-Pascale et François 

vendredi 12 février 2016

Buenos Aires (II) et Tigre

Rebonjour! C’est François qui écrit, après une longue absence!

Comme on profitait des joies d’avoir un studio à nous tous seuls après avoir dormi en tente et en dortoir pendant les deux semaines précédentes, une grasse matinée s’imposait! Cependant, comme je ne peux pas battre Mémé-la-loir au concours de « Qui se lève le plus tard » et que je commençais à avoir faim, je me suis échappé en douce de la chambre pour aller nous acheter de quoi déjeuner. « Il y a une boulangerie à côté » m’a dit le concierge enthousiaste en me désignant un endroit où les viennoiseries ne payaient pas de mine… Évadant habilement sa suggestion (mais merci quand même, dude), je me suis donc dirigé vers le Coto, un genre de IGA argentin au slogan très « Big Brother »: «Yo te conozco » (« je te connais »). J’en suis ressorti avec du jus d’orange et un assortiment de « facturas », le nom étrange que les Argentins donnent aux viennoiseries. Et c’est avec un déjeuner au lit que j’ai réveillé Mémé qui émergeait à peine des bras de Morphée à mon retour (je sais, je sais, c’est romantique!)

Pour ceux que ça intéresse: les viennoiseries se limitent pas mal en Argentine (et au Chili aussi, d’ailleurs) aux « medialunas », des genre de mini-croissants un peu secs parfois recouverts de sucre ou de miel, ou encore fourrés au dulce de leche. Il y en a une sorte qui est dégueulassement nommée « medialuna de grasa », ce qu’on pourrait traduire par « croissant à la graisse »! Verdict: bien que ce soit acceptable comme déjeuner, si vous avez à choisir, préférez les viennoiseries du Québec ou de France!

Il était censé pleuvoir cette journée-là (bien qu’il ait finalement fait pas mal beau toute la journée), et on s’était dit que ce serait donc la journée idéale pour acheter nos cadeaux et faire nos valises. En effet, n’oublions pas qu’on récupérait à Buenos Aires tout notre stock du mariage et qu’on devait tout faire rentrer dans 2 backpacks et 2 petits sacs à dos! On est donc retournés au Coto faire des achats, mais ces transactions ont épuisé nos réserves de pesos et on devait donc sortir de l’argent. On est donc partis à la recherche d’un guichet. Pas de chance: toutes les banques où on s’est rendus n’acceptaient pas notre carte Desjardins. On a fini par dénicher au fond d’un centre d’achat un guichet HSBC officiellement hors d’usage (?) mais qui marchait quand même. En tout cas on sait pas trop, mais on a fini par avoir notre argent et c’était suffisant pour nous!

Rendus là, on avait pas mal marché et on était complètement sortis de notre quartier (Palermo Soho) pour aboutir plus au sud, dans le quartier Abasto. Il n’y a pas grand-chose à voir dans ce peu touristique quartier de BA, mais à force de croiser des hommes portant boudins, chapeau et vêtements traditionnels juifs, ça nous a quand même permis de constater qu’on était dans l’un des quartiers où vivent les nombreux Juifs de BA. Le saviez-vous-tu? Environ 300 000 juifs vivent en Argentine, dont une bonne part à Buenos Aires, ce qui en fait la 3e communauté juive en importance dans les Amériques (après les États-Unis et le Canada). 

Fin de la capsule d’information, de retour à notre programme principal!

Pour diner, on s’est laissés tenter par un resto péruvien un peu crade mais tellement délicieux, où on a mangé de très bons lomos saltados (un sauté de boeuf, tomates, oignons, patates et poivrons). En Amérique du Sud, la gastronomie péruvienne est dure à battre!

De retour au AirBNB, on a passé une heure ou deux à faire les valises. C’était tout un art de tout faire entrer, mais heureusement, peu de gens battent Mémé quand vient le temps d’optimiser l’espace de sacs à dos (et peu ont autant de plaisir à faire ça qu’elle)! Quand on a enfin terminé, il devait être 16h et on s’est dit qu’une promenade touristique s’imposait. Direction le quartier San Telmo, l’un des plus anciens de Buenos Aires, un endroit que Mémé avait particulièrement affectionné lors de notre précédent passage dans la capitale argentine et qu’on désirait revoir!

En sortant du métro, on a été accueilli par une bonne pluie accompagnée de rafales de vent! Alors qu’il avait fait beau toute la journée, il fallait bien qu’il pleuve au moment précis où on se décidait enfin à sortir! On a traversé rapidement la place de mai face à la Casa Rosa (la maison blanche argentine) avant de s’engouffrer dans la rue Defensa, l’artère historique de San Telmo. Heureusement, il a cessé de pleuvoir et on a pu l’arpenter au sec! On a déambulé au hasard dans les rues de pavés du quartier, revoyant au passage un resto où on avait diné deux ans plus tôt. Qui aurait dit qu’on serait de retour si rapidement? Après avoir visité une vieille église, on a refait ce que tout touriste doit faire lors d’un séjour à Buenos Aires : manger de la crème glacée! En ce qui nous concerne, on est retournés chez Freddo, dont les décadents gelatto figurent apparemment parmi les meilleurs au monde (ou à tout le moins en Argentine). Forts de nos crèmes glacées au chocolat, aux noisettes,  au dulce de leche et au citron, on s’est dirigés vers une place publique toute proche pour déguster le tout. Assis au coeur même de San Telmo, on a eu le bonheur d’assister à un spectacle gratuit de tango! En effet, un couple de danseurs pratiquait leur art pour les convives attablées aux différentes terrasses de la place! On avait eu l’occasion de voir du tango en plein air dans La Boca il y a deux ans, mais il y avait tellement de touristes qu’on n’avait pas vu grand-chose. Cette fois, on était aux premières loges! Crème glacée et tango: difficile de vivre une expérience plus argentine!

On a ensuite quitté San Telmo pour se diriger vers le quartier plus gouvernemental de Congreso, en cheminant le long de larges artères bordées de grands arbres et de gracieux immeubles vieillots de style européen. Bienvenue à Paris en Argentine! Notre quête avait aussi pour but de suivre le trajet du bus public qui se dirigeait du centre-ville vers l’aéroport, afin de voir si on pouvait le prendre pas loin de notre AirBNB! En effet, dans deux jours, on revenait au Canada en partant non pas du petit aéroport où on était atterris jusqu’à date et qui était facile d’accès (c’eût été trop beau) mais plutôt du grand aéroport international de BA, situé à deux heures de bus public (!!!) de la ville en raison du traffic. Et ce n’était pas clair si on pouvait le prendre pas trop loin de chez nous, alors on voulait vérifier avant tout en découvrant d’autres quartiers!

Après avoir passé la rue 7 de julio, l’une des plus grandes artères du monde, on est arrivés face au Congrès argentin. J’y ai été salué par un pigeon, qui m’a fait part de son profond respect envers ma personne en me laissant une belle fiente sur l’épaule! Heureusement, on a pu nettoyer le tout! On a continué notre marche à la nuit tombante, dans les quartiers plus populaires d’Once et d’Abasto. Rendus à un certain point, on avait faim et on a donc été cherchés une pizza bien argentine dans un petit resto! Les gars du resto ont tenté de m’aider de leur mieux quand je leur ai demandé où on pouvait prendre le bus pour l’aéroport, mais ça n’a pas été concluant… On a acheté une bouteille de vin et on est revenus à la maison où on a mangé notre festin! La pizza était extraordinaire, mais le vin était franchement ordinaire!… La coupable? Mémé! « On va acheter un vin pas cher » m’avait-elle dit en choisissant un vin à 2$ au magasin, « un vin comme ça équivaut à un vin à 10$ chez nous »! Ça aurait pu, mais non finalement!… On aurait dû se gâter et payer 4$ pour la bouteille haha!

Avant de se coucher, on s’est finalement décidés à réserver une place dans un transport privé vers l’aéroport. C’était plus simple comme ça compte tenu du fait qu’on ne savait pas vraiment où prendre le bus public et à quelle fréquence il passait. Surtout, il aurait fallu le prendre à 5h du matincompte tenu du départ matinal de notre vol… Là, on venait nous chercher directement au AirBNB, et on pouvait dormir un peu plus! C’était plus cher, mais bien mieux!

Le lendemain, on s’est levés pas mal plus tôt que la veille pour notre escapade à Tigre, une petite ville située à une heure de BA! Pour se rendre là, on a d’abord pris le métro, puis on a changé pour prendre le train vers la banlieue de BA. Oui, vous avez bien lu: prendre le train. En Amérique du Sud, là où les trains sont à peu près aussi rares que les poux sur la tête d’un chauve! Coup de chance en plus: on expérimentait les nouveaux trains de la capitale, en service depuis peu! Par contre, la gare où on est embarqués était en construction. Ça a d’ailleurs rendu l’achat de billets compliqué, dans la mesure où il fallait se rendre dans une espèce de cabane non-identifiée qui ressemblait plus à une toilette de chantier de construction qu’à un guichet! Dans les mots d’une gentille madame résignée à ce genre de gossage typiquement sud-américain et qui cherchait aussi le guichet, « c’est tout le temps en construction ici »!

On a ensuite pris le train flambant neuf avant de se rendre compte que ce n’était pas le bon! Heureusement, on a pu débarquer et en prendre un autre, qui se rendait à la bonne place cette fois!  On a roulé un bon moment à travers la banlieue huppée de BA jusqu’au terminus de la station Mitre, là où on devait changer de train. Cet itinéraire était plus long et plus compliqué, mais il nous permettait de prendre le mini train de la Costa! En fait, c’était genre un tramway avec deux wagons! Le trajet était bien sympathique, avec des arrêts dans de vieilles stations patrimoniales et, chose rare à BA, de jolies vues sur le fleuve! 

On a fini par arriver à notre destination: la ville de Tigre. Tigre est une petite ville construite dans le delta du fleuve Parana, une rivière aux eaux bien brunes qui prend sa source en Amazonie et qui se déverse dans le rio de la Plata en formant un delta aux multiples îles. On comptait bien prendre le ferry public pour se rendre sur certaines îles pour marcher! À la gare, alors qu’on cherchait notre chemin, on a été abordés par une Argentin hilarant qui nous a donné des conseils sur la ville! « Les gens viennent à Tigre et pensent que les seules choses qu’on peut y faire c’est aller au parc d’attraction, au casino ou au marché de fruits sans fruits! » nous a-t-il d’emblée déclaré, en faisant référence à la genre de mini-Ronde qui faisait face à la gare, au casino adjacent et à l’ancien marché de fruits devenu depuis une galerie commerciale! « Mais en fait, il y a plein de choses à faire dans les îles! » On l’a remercié et on est ensuite partis à la découverte de Tigre!

Tigre, ce n’est pas bien gros, et tout tourne autour de l’eau. On est donc rapidement arrivés au waterfront, où toutes sortes de bateaux encombraient le canal aux eaux brunes. On a marché vers la gare fluviale, d’où on comptait partir en bateau vers le district de las Tres Bocas, un quartier apparemment très intéressant situé sur une île. Pas de chance: l’eau était trop haute, et on ne pouvait pas descendre à las Tres Bocas! Que faire? Pour se laisser le temps d’y penser, on a cherché un resto où manger. On a jeté notre dévolu sur une place qui se vantait de faire les meilleurs hot-dogs de Tigre! Verdict: c’était pas vrai, et c’était définitivement trop cher pour ce que c’était! Par contre, la salade de Mémé était bonne. En plus, on devait absolument acheter à boire, sinon on ne nous servait pas! Pfffff…. c’est cheap pas mal, ça!

De retour à la gare fluviale, on a cette fois payé un petit 10$ pour un tour de bateau d’une heure et demie dans les îles environnantes. Et c’était parti sur une belle balade sur les eaux brunes du delta, en compagnie de quelques touristes et d’une famille de Quechuas (rebonjour, les Andes)! Avec le soleil, la chaleur, les eaux couleur café et les palmiers, pas de doute, ça ressemblait de plus en plus à l’Amazonie! Notre balade a été très agréable et nous a permis de découvrir les maisons sur pilotis des îles, les palmiers et les jolies constructions du coin. En fait, on comprend qu’il y a beaucoup de propriétés ici qui font office de « chalets » pour de riches habitant de Buenos Aires! À l’évidence, l’eau était haute car elle inondait beaucoup de terrains! C’était bien plaisant en tout cas: on vous le recommande si vous avez un peu de temps et que vous avez déjà bien vu BA, ça change complètement de la ville!

Une fois revenus, on a marché vers le Puerto de frutos, le marché de fruits sans fruits devenu un centre commercial vendant de l’artisanat. C’était un peu ordinaire, alors on a plutôt été marché sur l’île faisant face à Tigre et on est revenus par le waterfront. Détail saugrenu: apparemment, Tigre est la capitale argentine de la régate depuis au moins un siècle. Jamais vu autant de clubs de régates dans une seule ville!! Dans un autre ordre d’idées, j’ai aussi eu la joie de marcher dans du caca de chien… Au nombre de crottes qui jonchent les trottoir en Argentine et avec ma propension à la distraction, il fallait bien que ça arrive un jour ou l'autre! Après la chiure d’oiseau de la veille en plus! Décidément, je traversais une mauvaise passe côté karma!

Vers la fin de l’après-midi, on avait l’impression d’avoir bien vu Tigre et ses environs, et on est donc revenus par le train direct à Buenos Aires. Une heure plus tard, on arrivait à Retiro, la vieille gare déglinguée mais pleine de potentiel de Buenos Aires (avec son architecture digne des belles gares de France)! Finalement, on l’aura fait notre trajet de train en Argentine! En effet, en 2013, on avait bien essayé de prendre le train de Buenos Aires à Cordoba, mais on nous avait dit qu’il n’y avait plus de place disponible pour ce train avant plusieurs mois!

On est revenus à pied en passant par la calle Florida, la rue piétonne et commerciale principale du BA. Quand la taza blue existait, c’était l’endroit de prédilection où changer ses dollars pour des pesos au marché noir. Maintenant que c’en était fini de ce système broche-à-foin, on pensait donc qu’on ne se ferait plus gosser par des dudes louches pour changer notre argent en passant sur la rue. Eh bien non! Il y avait encore autant de changeurs au noir qui nous susurraient « cambio? cambio amigo? cambio chicos? » quand on passait proche d'eux! Pourquoi!?! Qui a encore besoin de leurs services aujourd’hui, alors qu’on peut tout simplement changer l’argent à la banque, de manière plus sécuritaire? C’est pas logique!

On a ensuite fait l’expérience du métro bondé et surchauffé! En sortant, même les 30 degrés de l’extérieur nous paraissaient une brise d’air frais! Pour souper, comme il ne nous restait plus beaucoup d’argent, on est retournés manger à la même confeiteria où on avait été quelques jours plus tôt, à notre arrivée de Patagonie (les plats du jour n’étaient vraiment pas chers!). Alors que les pâtes retenaient les faveurs de Mémé, j’ai pour ma part opté pour le super plat de poulet avec patates espagnoles! Détail comique: on avait le même serveur que l’autre fois! Il avait dû nous reconnaitre par contre, parce qu’il était définitivement moins bête!

À bientôt, pour le récit de notre retour au pays via Rio, Miami et Toronto!

mercredi 20 janvier 2016

El Calfate, le retour

Salut, c'est Mémé!

À Puerto Natales, on s'est couchés relativement tôt pour essayer de rattraper un peu de sommeil, ce que deux "couples" d'Israéliens faisaient aussi dans notre dortoir. C'était plutôt inusité, habituellement tu te gardes une petite gêne pour dormir à deux dans un lit de dortoir... Mais bon, ils sont jeunes et fous tsé...

"Jeunes et fous et complètement irrespectueux" me dis-je le lendemain matin en découvrant une enveloppe de condom vide sur leur table de chevet entre nos deux lits!!!

Comme le dit François, on a aucune preuve que l'enveloppe n'était pas là avant et qu'elle était peut-être cachée par du stock, on ne peut donc pas savoir si c'était déjà là, s'ils ont juste été vraiment subtils ou si nos bouchons d'oreille sont d'une efficacité redoutable... Reste que peu importe quand c'est arrivé, c'est vraiment gross de faire ça dans un dortoir!!! C'est la règle "obvious" numéro 1 des hostel!!! C'est donc d'un regard féroce plein de jugement digne d'une matante de 90 ans que j'ai gratifié les deux duos en bobettes en quittant le matin.

Après un frugal déjeuner, on s'est rendus à la gare pour prendre notre bus vers El Calafate, dans lequel on était assis près d'un couple de Français qu'on connaissait de Torres del Paine. On a pris un chemin différent de celui à l'aller, en laissant un passager aveugle dans un petit village perdu au passage. Les douanes avaient l'air encore plus petites que celles de l'autre poste frontalier mais la sortie du Chili s'est quand même faite assez rapidement. Par contre, ce fut encore la catastrophe côté argentin! On a eu pas mal de temps pour jaser avec deux couples de Français, dont l'un d'eux nous a raconté qu'ils se sont fait voler à la pointe du fusil en plein jour à Valparaiso quelques jours plus tôt! On a beau faire bien attention en voyage, ce genre de mésaventure est plutôt imprévisible: on se considère vraiment chanceux que rien de ce genre ne nous soit arrivé!

À El Calafate, on est allés manger dans un petit resto qui ne payait pas de mine mais qui était bien bon et avec des prix très acceptables. On est ensuite allés mener nos choses à l'hostel, où j'en ai profité pour flatter le mini chaton qui venait d'être adopté par une des employées! On avait jusqu'au lendemain PM à El Calafate, c'est-à-dire beaucoup trop de temps pour le nombre d'attractions locales... On a donc pris notre temps pour acheter des souvenirs, en essayant de goûter à certains produits en dégustation comme le "calafate", le bleuet local!

Un peu avant le souper, j'ai fait la rencontre, que dis-je, j'ai été happée par notre voisine de dortoir, une fille de Buenos Aires qui ne pouvait tout simplement pas s'arrêter de parler! Entre 2-3 phrases non pertinentes, elle nous a conseillé un resto en ville, où on a été manger finalement. On y était assis à côté de deux Québécois! Ils nous ont averti que le service était extrêmement lent et on a discuté un peu avec eux de leurs plans de voyage. Finalement, nos plats sont arrivés vraiment rapidement (probablement parce que c'était les "plats du jour"). Par contre, le serveur a refusé de nous servir de l'eau du robinet comme on en demande tout le temps "il n'y a AUCUN restaurateur à El Calafate qui accepterait de vous donner de l'eau du robinet, voulez-vous commander quelque chose d'autre?". He bin, c'est drôle que tu soit le premier à nous le refuser... François a mangé de l'agneau grillé et moi du spaghetti asiatique (ie de la sauce soya avec des nouilles qui flottaient dedans) qui m'a fait regretter mon eau du robinet.

Le lendemain, on s'est levés tard puis on est allés en ville pour se trouver quelque chose à dîner. Notre délicieux sandwich jambon-fromage-tomate s'est conclu d'un alfajore pour François et d'une Pie de limon pour moi, un tarte au citron et à la meringue dont j'étais tombée amoureuse au Chili en 2013! On a écrit le blog devant un thé puis on est partis en navette vers l'aéroport. Quoique minuscule, il est tout neuf et avantageusement placé devant le lago argentino, ce qui garantit une belle vue en attendant l'avion!


À BA, on a pris le bus public comme des vrais porteños, sauf qu'on avait oublié quel bus prendre alors un vieux monsieur tout gentil s'est assuré qu'on prenait le bon et que le chauffeur savait où on voulait descendre. Le trajet du bus passe devant l'hippodrome, et on avait l'impression que ça faisait des siècles qu'on y était nous aussi pour le mariage! Je sais pas si c'est parce que les connections internet étaient vraiment mauvaises ou parce qu'on s'est exilés pendant 5 jours en camping mais on a vraiment décroché dans ce voyage-ci!

On est revenus au même AirBnB qu'à l'arrivée, où on (je) a fait un peu de lavage avant de faire dodo!

dimanche 10 janvier 2016

Torres del Paine, partie II


Rebonjour! C'est encore François!

Au jour 4 de notre exploration du sentier W à Torres del Paine, on avait une autre grosse journée de marche devant nous: 18km du campamento Francès où nous étions jusqu'au campamento Chileno, avec une bonne montée vers la fin! Heureusement, il faisait toujours beau (et nos sacs étaient déjà plus légers qu'au début) quand on s'est lancés sur le sentier le matin! Pour débuter, les choses étaient relativement aisées puisqu'on descendait vers la berge du grand lac que nous longions. On s'est arrêtés un moment sur la belle plage de galets pour admirer le paysage les pieds dans l'eau (pas trop longtemps quand même, c'était assez froid)! Après un peu moins de deux heures de marche, on est ensuite arrivés au prochain campement (campemento Cuernos), où on a fait une pause. On a parlé un moment avec les Français de chez Citroen. Fait amusant: l'un des gars avait déjà effectué un stage en entreprise au Québec! Malheureusement pour lui, c'était à Laval, mais au moins il vivait à Montréal haha! 

On a quitté le campement Los Cuernos et on a ensuite franchi un torrent pour débuter ce qui s'annonçait comme le tronçon le plus long de la journée: 4h30 de marche jusqu'au prochain croisement de sentier! Cette section a été un peu plus éprouvante compte tenu du fait qu'il ne s'agissait pas de la plus belle partie du sentier (des pentes arides le long d'un lac), que ça montait et qu'il faisait pas mal chaud en raison du soleil qui tapait fort! Arrivés au pont et à la chute qui marquait grosso modo le milieu de cette section de sentier, on s'est arrêtés pour manger une salade de pâtes déshydratée. Puis, le temps a changé brusquement et le ciel s'est rapidement couvert. Pour le restant de la journée, il a pleuvoté par instants! Dans les montagnes, le temps est très changeant, et on se compte déjà chanceux d'avoir bénéficié d'autant de journées ensoleillées! 

On a continué notre marche sous le ciel menaçant, le moral de Mémé tournant autour de 6 sur 10!... Plus ça allait, plus les passages des ruisseaux étaient complexes, culminant par un passage à gué d'une rivière où il a fallu longtemps avant qu'on trouve un passage sur les roches sans se mouiller les pieds! D'ailleurs, compte tenu du prix qu'on paie pour entrer dans le parc et du nombre élevé de touristes qui empruntent les sentiers, on a été un peu étonnés par le mauvais état général des passerelles et des ponceaux et par l'absence de ponts à des endroits où il aurait été très apprécié qu'il y en ait! Souvent, des sections entières de ponceaux avaient cédé, et on devait traverser les obstacles (boue, ruisseaux) sur des pierres, des planches mises n'importe comment et des branches Au final, ce n'était pas vraiment difficile, mais sérieusement, il me semble que la CONAF (l'autorité qui gère les parcs nationaux chiliens) pourrait investir un peu plus dans l'entretien du sentier le plus populaire du parc national le plus visité d'Amérique du Sud!

Enfin, après un bon moment, on est arrivés à la jonction vers le camping Chileno. Là, le sentier s'est mis à grimper en grand (ce qui nous donnait une belle vue par contre) et il s'est mis à pleuvoir pas mal! C'est là que j'ai réalisé que le manteau que j'avais loué à Puerto Natales n'était pas super! Le positif: il était en effet très imperméable. Par contre, il ne respirait tellement pas que je suais à grosses gouttes dedans après quelques minutes de marche, si bien qu'au final mes vêtements étaient plus trempés que si j'avais simplement subi la pluie! Étonnamment, notre moral demeurait bon pour cette section, peut-être en raison de mes déboires avec mon manteau! 

Après une montée particulièrement coriace, on s'est arrêtés pour reprendre notre souffle et on a parlé à un Américain du Colorado bien intéressant. Quand il a su qu'on venait du Québec, il nous a dit que ses ancêtres étaient franco-canadiens. On lui a demandé son nom de famille: il s'appelait Gaudreault! Il le prononçait à l'anglaise et était bien content qu'on lui dise comment se prononce réellement son propre nom haha! Comme quoi l'héritage de la Nouvelle-France demeure bien vivant en Amérique du Nord, même loin du Québec! L'Américain en question travaillait dans la construction. Mais pas n'importe où: en Antarctique, sur une base américaine! Il faisait des contrats de quelques mois avant de revenir aux USA! Disons que ça se plogue bien dans une conversation: "Moi, quand je travaillais en Antarctique...." haha!

Éventuellement, on a rejoint le sentier principal et on vu au le campement chileno au fond de la vallée! Heureusement car le moral de Mémé sombrait vers les bas-fonds!... On est arrivés au camping Chileno après 6h de marche: on avait fait ça vite finalement! Le camping était situé dans le fond d'une magnifique vallée où coulait un jolie rivière turquoise. En prime, on avait une vue (entre deux nuages, car il semi-pleuvotait toujours) sur les fameuses Torres del Paine! La fille de l'accueil du refuge a été bien gentille de nous conseiller d'utiliser les douches et toilettes du refuge, en nous indiquant que celles du camping étaient souvent "un peu sales". Heureusement qu'on a suivi son conseil car celles du camping étaient épouvantables, et on commence à en avoir vu en 5 ans de voyage des toilettes malpropres! Pour le prix qu'on payait en plus pour planter notre tente et avoir accès aux services (17$ par personne), c'était véritablement scandaleux!

On avait tenté de réserver d'avance une place de camping car, pas fous, on avait compris que c'était pas vraiment vrai finalement qu'il y avait toujours de la place. Naturellement, la réservation n'avait pas marché, mais le gars bête du camping nous a dit qu'il restait de la place. Où? "Par là" nous a-t-il répondu en pointant vaguement une direction où on ne voyait que la berge de la rivière. Merci pour l'aide! En sortant, on a constaté que tous les sites proches des bâtiments des services étaient déjà occupés... En fait, le camping continuait plus loin, mais on ne le savait pas, parce que le gars du camping avait été tellement précis... Bref, on a tenté de poser notre tente en haut d'une côte, mais il n'y avait pas assez de place finalement et on a fini par déménager la tente juste à côté du bâtiment principal du camping. Malheureusement, c'était aussi en plein face à l'endroit où les chevaux étaient attachés, et nous pouvions humer le doux nectar du crottin de cheval! Bon, ça a fini par se tasser grâce à la pluie et au final ce n'était pas si pire! Cela dit, ce n'était pas le meilleur camping où on dormi à Torres del Paine! Parlant de cheval, devinez combien il en coûte pour redescendre du camping chileno à l'hôtel (1h30 de marche) qui marque le début de cette partie du W? 100$ pour une heure de cheval!! 

Après des douches chaudes réparatrices, on a soupé de craquelins et salami avec beaucoup trop de poivre, à l'ombre des Torres del Paine!

À 4h45 ce matin-là, le cadran nous a réveillés. Premier constat: il pleut et il fait froid... Pour Mémé, la décision était prise: elle n'irait pas jusqu'au mirador voir les Torres del Paine sous la pluie! Votre humble serviteur par contre, un peu trop motivé, comptait bien s'y rendre coûte que coûte! Pourquoi si tôt? En fait, on devait attraper le bus de retour de 14h30 pour Puerto Natales, et compte tenu des distances à parcourir, si on voulait voir le mirador, il fallait partir au plus tard vers 6h30! 

Comme Mémé restait défaire la tente, ça m'a donc permis de dormir un peu plus et de partir vers 6h40 à l'assaut de ce dernier tronçon du W! J'avais été encouragé par le fait qu'il ne pleuvait presque pas lorsque j'avais déjeuné... mais c'était un leurre! À la minute où je me suis engagé dans le sentier, il s'est mis à pleuvoir solidement! Il a plu sans arrêt pendant les 2h de marche!! Avec mon imperméable d'excellente qualité (not), j'étais déjà mouillé à la grandeur après 10 minutes de marche! Bien qu'il pleuvait, des rayons de soleil réussissaient tout de même à percer de temps en temps, ce qui a fait en sorte que la vallée et la rivière que je suivais étaient périodiquement éclairés d'arcs-en-ciel! Malgré la pluie froide, c'était donc assez féérique!

J'ai trouvé les choses plus pénibles durant les 45 dernières minutes: je quittais l'abri relatif du couvert forestier pour m'exposer directement à la pluie et au vent glacial le long d'une montée abrupte sur la roche jusqu'à une lagune glaciaire! Une fois en haut, je suis arrivé au mirador, et un quasi-miracle est arrivé peu de temps après que je me sois abrité sous un rocher pour me protéger des éléments: il a cessé complètement de pleuvoir! Complètement trempé de l'intérieur, j'ai enlevé mon peu utile imperméable dans l'espoir que le vent puisse me sécher un peu! Bien qu'il faisait froid, le soleil, qui venait de réapparaitre, contribuait à me réchauffer un peu! Le couple d'Australiens transis de froid que j'ai croisé en haut m'a salué en grelottant, et il s'est alors passé une chose magique. Soudainement, le couvert nuageux s'est dissipé en grande partie et devant moi, en haut de la lagune glaciaire et des glaciers proprement dits, sont apparues clairement les tours de granit de Torres del Paine. J'avais le site pratiquement pour moi tout seul alors qu'il est habituellement envahi de touristes! Mis à part moi, il y avait aussi deux Français rencontrés au supermarché de Puerto Natales qui attendaient là sous la pluie depuis une heure que ça s'éclaircisse! Ils sont vite partis cependant, mourant de froid! Il y avait aussi un Italien de Rome éberlué que je ne porte pas mon manteau. J'ai bien tenté de lui expliquer que j'essayais justement de me faire sécher pour avoir moins froid au final, il me regardait avec des yeux ronds! Il a fini par me raconter quelques pans de sa vie récente concernant une fille qu'il avait rencontré et qui était un peu trop princesse pour monter au sommet (?). En tout cas, ça avait l'air compliqué!

Vous me croirez si vous voulez, mais j'ai ensuite passé une heure complète à regarder le panorama, à contempler les nuages s'accrocher et se réaccrocher aux tours de pierre dans l'espoir de voir le mieux possible les tours, à voir les jeux de couleur sur les pierres en raison du soleil... J'ai eu du mal à m'arracher au spectacle, et c'est sous un gros soleil que je suis revenu sur mes pas vers le camping chileno. Sur le chemin du retour, j'ai croisé un nombre incalculable de touristes qui partaient vers le mirador en profitant du retour du beau temps: dans quelques instants, le site allait perdre une bonne part de sa magie. Quelle chance j'avais eu d'être là exactement au bon instant, au bon moment, pour un tête-à-tête (quasi) solitaire avec ce panorama magnifique! Ça valait bien la douche froide et tous les efforts effectués! 

J'ai ensuite rejoint Mémé au campement Chileno, qui avait bravement défait la tente sous la pluie et le vent un peu plus tôt! Elle était à l'accueil du camping, à lire en grelottant!

Vers 11h, on a débuté la descente vers notre ultime but de ces cinq jours de trek: la base Hotel Las Torres. On a mangé en observant le panorama: la vallée avec la rivière, les montagnes, les lacs glaciaires... Pas trop mal! Il fallait faire attention par contre de ne pas partir au vent, parce qu'ici le vent décoiffait un peu et qu'on marchait à flanc de montagne! Une heure 30 plus tard, on parvenait à l'hôtel Las Torres! On était sales, nos pieds, jambes et dos avaient souffert, mais on avait survécu au sentier W!! Verdict: c'est véritablement un trek exigeant, ne serait-ce que parce que c'est 5 jours et qu'il faut traîner toutes nos affaires dans de lourds sacs à dos, mais ça vaut la peine tellement les paysages sont magnifiques!

On a pu attraper une navette (pour laquelle il fallait encore payer, naturellement, même si le trajet durait 15 minutes) vers l'entrée du parc (Laguna Amarga), juste avant qu'il ne se remette à pleuvoir! L'averse était déjà finie quand on a débarqués à Laguna Amarga pour attendre notre bus de retour vers Puerto Natales. On y a retrouvé les Suisses et les Français de Citroën, avec qui ont a parlé un moment en attendant notre transport. Éventuellement, tous les bus, sauf le nôtre, sont arrivés. Après un moment, soupçonnant quelque chose, on 'est informés auprès d'un chauffeur. "Ah prenez ce bus, c'est la même chose!" nous a-t-il dit en pointant un bus d'une autre compagnie qui n'avait rien à voir avec celle avec laquelle on avait fait affaire! Comment on aurait pu savoir???

Le retour s'est fait sans histoires vers Puerto Natales. On a pu saluer une dernière fois les Torres del Paine au loin et on a roulé vers la ville en croisant tout plein de troupeaux de guanacos. La fatigue des derniers jours ont eu raison de nous par contre et on s'est endormis assez vite... 

Une fois en ville, on combattu le vent pour aller reporter mon peu utile manteau à l'agence qui me l'avait loué. On en a profité pour indiquer à l'auberge de jeunesse attenante qu'un autre marcheur qu'on avait croisé allait s'y rendre en soirée (il partait plus tard du parc et s'inquiétait qu'il ne puisse arriver à temps). "Ah c'est vraiment gentil!" nous a dit la fille de l'auberge qui semblait trouver que c'était la meilleure idée du monde, "on se demandait justement si ce gars-là allait venir finalement" Ben, s'il a réservé, c'est qu'il est censé venir, non? En tout cas... 

De retour à Backpacker Nataly, notre hostel, on a retrouvé toute la bande d'Israëliens... Cette fois, on n'était plus dans le dortoir de 17 personnes, mais dans une chambre de six. Ça ne changeait pas grand-chose car tous les autres lits étaient occupés par des Israëliennes... et par leurs "chums" respectifs! Un Israëlien que tout le monde surnommait Chico (le même qui trippait sur Harper) nous a offert du chocolat, puis on a pris des douches chaudes pour se débarrasser de la poussière et de la vieille crème solaire! 

En sortant pour aller souper, j'ai jasé 2 minutes à un Chilien un peu weird qui faisait des crêpes dans la cuisine, avec qui j'ai eu cet échange:
Chilien: "Tu viens d'où?"
François: "Du Canada"
Chlien: "Ah oui, en Europe"
François: "Non, je viens du Canada"
Chilien: "Oui, c'est ça, le Canada, c'est un pays en Europe"
François: "Euh?... Non en fait c'est en Amérique du Nord, au nord des États-Unis"
Chilien: "Ah ok"

Euh? Il y a des gens qui pensent que le Canada est en Europe???

Pour souper, on a décidé d'aller manger dans la place la plus trendy en ville, et l'une des microbrasseries les plus australes du monde: le pub Baguales! On a mangé de super burgers avec un verre de bière noire locale de très bonne qualité! L'endroit était vraiment cosy et ça faisait du bien de manger un repas chaud! Le pub s'est aussi rempli très rapidement: il faut dire que c'est à peu près le seul endroit digne d'intérêt pour sortir à Puerto Natales! C'est aussi l'un des lieux prisés par les marcheurs qui s'apprêtent à partir pour Torres del Paine ou qui en reviennent. D'ailleurs, en sortant du resto, on a recroisé les Suisses à une table plus bas! Puerto Natales étant une toute petite ville, on a aussi croisé les Français du supermarché un coin de rue plus loin! 

De retour à l'hostel, on s'est reconnectés avec le monde extérieur avant d'aller se coucher en allant consulter nos courriels (bien évidemment, il n'y avait pas de wifi à Torres del Paine)! D'ailleurs, même ici, la connexion est tellement lente que surfer sur Internet est plus frustrant qu'autre chose!

Voilà qui clôt notre passage à Torres del Paine et en Patagonie chilienne! Le retour en Argentine pour très bientôt!

samedi 9 janvier 2016

Torres del Paine, partie 1


Salut! C'est François qui sera votre guide pour vous raconter nos premiers jours de visite du mythique parc national Torres del Paine!

Après une courte nuit, on s'est réveillés vers 5h45 du matin avec les Israëliens pour se préparer, car notre bus pour le parc partait à 7h30. L'hostel où on logeait fournissait un déjeuner: bien entendu, c'était un bout de pain blanc avec de la confiture! Heureusement qu'on avait prévu autre chose pour nous soutenir cette journée-là!

Comme d'habitude, on est partis un peu juste de l'hostel et on a marché pas mal vite vers la gare. Outre quelques backpackers et de nombreux chiens errants, il n'y avait pas âme qui vive dans les rues de Puerto Natales à cette heure-là... Faut dire que ce n'est pas une bien grosse ville, et que quand on vit dans une région aussi éloignée, il n'y a pas grand-chose de pressant qui pousse à se lever tôt le matin!

Notre bus était un vieux machin aux rideaux sales qui empestait l'urine (comme il est doux d'avoir une toilette à bord!), mais il était plein à craquer de touristes se rendant à Torres del Paine (comme les 5 autres bus qui partaient en même temps pour le même endroit, d'ailleurs). Un peu normal, puisqu'il s'agit de l'attraction touristique majeure de la région! Loin derrière figure la caverne du Milodon, une grotte où a été découvert un squelette d'un paresseux géant préhistorique. Aujourd'hui, le Milodon est devenu l'improbable emblème de Puerto Natales, et une statue géante (et bizarre) de cette créature particulière accueille d'ailleurs le visiteur à son arrivée en ville!

Dans le bus, on s'est vite rendus compte qu'on était juste derrière des Québécois! David et Virginie, un jeune couple de Beloeil, venaient également passer leurs vacances à Torres del Paine! On a sympathisé le long du trajet avant de tomber endormis (c'est immanquable: on finit toujours par dormir dans les bus)! Le passage de l'asphalte au gravier nous a brusquement sortis de notre sommeil, juste à temps pour qu'on puisse voir les troupeaux de guanacos dans les collines sauvages qui nous entouraient! Je ne sais pas si vous le saviez, mais les guanacos sont des animaux qui ne sont pas facilement stressés: ils chillaient à 10 mètres de la route, et ne bronchaient même pas quand le bus leur passait sous le nez! Ça nous a permis de bien les voir en tout cas!

On a finalement débouché sur le parc national, en suivant une rivière turquoise qui allait de cascade en en cascade. La journée était superbe, et on distinguait facilement au loin le massif des Torres del Paine, des formations rocheuses effilées. Le premier coup d'oeil était bien joli! 

On est ensuite arrivés au poste de contrôle de la Laguna Amarga, où on a pu voir l'efficacité chilienne en action. Autant en Argentine les choses traînent en longueur pour tout (passer les douanes, attendre son plat au resto, changer de l'argent, etc.), autant au Chili les choses se font rapidement et rondement! Bon, Mémé dira que je suis biaisé, mais c'est l'un des bons côtés du Chili! Donc, on nous a fait sortir du bus, puis on nous a subséquemment dirigés vers les étapes de l'enregistrement de l'entrée dans le parc, du paiement (35$ par personne, c'est cher!), de la réservation des sites de camping (plus de place dans les campings gratuits, naturellement, il faudra donc nous rabattre sur les campings payants) et finalement du film sur les consignes du parc. Temps total de l'opération: 15-20 minutes. Si l'administration du parc avait été confiée à l'Argentine, nous serions peut-être encore là à l'heure actuelle! 

On nous a donné une carte des sentiers qui contenait quelques consignes. Certaines étaient intrigantes: on conseillait aux touristes de toujours faire du vélo à deux en raison des risques d'attaque de pumas, mais les marcheurs n'avaient pas droit à une telle mise en garde! On en a déduit que les pumas devaient particulièrement aimer la viande de cycliste! Après cette étape, on a malheureusement dû remonter dans notre bus puant pour nous rendre à Puerto Pudeto, d'où on comptait prendre un catamaran sur le lac en direction des sentiers. À notre arrivée, on avait environ une heure à tuer avant de prendre le catamaran, donc on est partis avec les Québécois faire un petit sentier qui menait vers une belle chute où il ventait effroyablement. On avait un peu mal calculé nos affaires par contre, alors on est revenus à la course vers le bateau afin de ne pas le manquer! Tout essoufflés, on a alors constaté que le bateau était plein et qu'on ne pourrait pas embarquer! "Je reviens vous chercher dans une heure!" nous a lancé le capitaine, à nous et à notre trentaine de compagnons d'infortune! Résignés au fait qu'on ne reverrait pas le bateau avant un long moment, on a donc patienté en mangeant notre lunch. Finalement, le catamaran est revenu nous chercher un peu plus d'une heure plus tard, et on est partis pour une balade de 30 minutes sur le magnifique lac Pehoé, aux eaux turquoises, avec une vue sur les montagnes majestueuses et enneigées des alentours! Il ventait terriblement sur le pont, mais c'était bien plus plaisant de rester dehors! Soit dit en passant, cette courte croisière nous a couté l'exorbitante somme de 30$ pour 30 minutes de navigation. Faites le calcul: c'est plus cher que chez nous! Juste pour se rendre aux sentiers, on avait donc payé 65$ par personne (entrée au parc et bateau)! Ça, c'est aussi le Chili: ça fonctionne bien, mais on paie pour tout!

Une fois le lac traversé, on est arrivés au refuge Paine Grande, d'où débutait notre sentier. On a dit au revoir aux Québécois et on a commencé la première partie du sentier W, que l'on allait faire pour les 5 prochains jours! Le sentier W est ainsi nommé parce que son tracé sur une carte ressemble à un W (original, je sais). Ce circuit est le plus populaire du parc et se fait en environ 5 jours. Certains crinqués mentaux font aussi le circuit long (sentier Paine), qui ajoute 5 jours au sentier W, pour un total de 10 jours de marche! C'était pas mal trop long pour nous!

Pour notre première journée, on débutait avec 4h de marche vers le refuge Grey et son glacier éponyme. Il faisait beau et suffisamment chaud quand il n'y avait pas de vent (avec le vent, par contre, on gelait rapidement!) On a d'abord suivi un canyon aride, ce qui nous a conduit à une lagune. Ce secteur du parc est un peu particulier car la forêt qui existait ici a brûlé en 2011: il ne reste que les squelettes blanchis des arbres. Un touriste (israélien, semble-t-il), aurait allumé un feu qui se serait propagé à la forêt en raison du vent. Conséquence: la destruction de dizaines d'hectares d'une forêt qui prendra des siècles à repousser compte tenu des conditions climatiques de la Patagonie. Bravo!... En tout cas, le feu est maintenant très sévèrement puni dans le parc: quiconque en allume un ou utilise un brûleur hors des endroits spécifiquement prévus à cette fin risque plusieurs dizaines de milliers de dollars d'amende et une peine de prison de 3 ans!

Avec nos gros sacs remplis de bouffe, on trouvait la montée difficile! On a par contre été récompensés quand, après avoir longé un lac et des montagnes pendant un moment, on est arrivés au mirador (point de vue) sur le glacier Grey! La vue était époustouflante, on voyait les 3 branches du glacier se jeter dans le lac! Mémé considère c'est l'un des plus beaux points de vue qu'elle ait vu! Il ventait épouvantablement par contre, au point où on pouvait difficilement rester bien longtemps!

On est ensuite resdescendus, en croisant et recroisant au fil de nos arrêts un couple d'Australiens. D'ailleurs, on s'est vite rendus compte qu'on recroisait souvent les mêmes personnes, étant donné que tout le monde fait grosso modo le même circuit! On a franchi une rivière encaissée entre 2 hautes parois rocheuses, admiré une chute tombant des montagnes à notre droite, puis on est finalement arrivés au campement assez crevés en raison de la lourdeur des sacs!

On a monté la tente dans une clairière près d'une forêt de bouleaux australs, puis on s'est régalés de nos raviolis en boite. Pour vrai, ce n'était pas si pire, et ça nous rappelait la Guyane française où ce plat cheap était devenu l'un de nos lunchs de prédilection! On a sympathisé avec un couple de Suisses qui mangeaient à notre table et qui avaient l'air de nous trouver très drôles avec nos raviolis! Eux avaient amené de la soupe en sachet de Suisse: pas sûr que c'était beaucoup mieux! Après cette première demie-journée de marche (sans pluie!), on s'est endormis rapidement dans notre tente... On était un peu serrés avec nos sacs, mais on a bien dormi quand même!

Jour 2: au programme, 8-9h de marche vers le campement Francès. 20,5km: notre plus grosse journée! J'aurais voulu aller à un point de vue un peu plus loin avant de commencer, mais Mémé m'a convaincu que c'était peut-être un peu trop...On a déjeuné mais on a laissé tomber la douche vu qu'elles étaient assez peu ragoûtantes... On débutait par revenir sur nos pas (4h de marche) jusqu'au refuge Paine Grande, où on était débarqués la veille. Toujours aussi jolie, cette section s'est faite rapidement et avec un bon moral pour Mémé! Avec le temps, j'ai d'ailleurs développé une échelle de 0 à 10 pour qualifier le moral de Mémé, chose très importante lorsqu'on marche de longues distances avec elle! Au début de la journée, le moral est généralement très bon (9 sur 10) et baisse progressivement en fonction de différents facteurs: la chaleur, le froid, le temps, la température (heureusement qu'il ne pleuvait pas), la fatigue, la faim (il faut nourrir Mémé aux heures maximum, sinon on risque la catastrophe), la soif, la douleur (aux pieds, au dos) et d'autres facteurs inclassables et imprévisibles (généralement, il s'agit d'une frustration inopinée contre quelque chose ou quelqu'un, du genre moi). Jusqu'à 7 sur 10, ça va encore, mais le moral tombe généralement rapidement dès qu'on franchit le 6 sur 10. 5 sur 10 garantissent une Mémé silencieuse et maussade, et caractérise généralement la fin d'une longue journée de marche. En deçà de ce seuil critique (qu'il vaut mieux ne jamais franchir), vous vous exposez à des plaintes, de la colère et du désespoir, alors qu'à 0 sur 10 Mémé refuse de bouger et exige qu'on revienne en bus haha! Blague à part, le moral de Mémé n'est tombé à son plus bas qu'à 4 durant nos 5 jours de marche, et uniquement pendant un bref moment vers la fin de nos deux plus grosses journées! :-) (MP: bon, j'ai l'air d'un monstre haha!)

Anecdote à classer dans la catégorie "le monde est petit": en chemin, Mémé a croisé l'une des médecins résidents avec qui elle a effectué un stage l'an passé à Québec! Quelles étaient les chances de croiser quelqu'un qu'on connait à l'autre bout du monde, la même journée??? C'est la 2e fois que ça nous fait ça en plus (à Dubrovnik l'an dernier on avait aussi croisé des amis de la famille de Mémé)!

Il faisait encore super beau quand on a attaqué la seconde portion du trajet de la journée: du refuge Paine Grande à Italiano! Bien qu'il passait en bonne partie dans un secteur brûlé du parc, ce tronçon nous offrait de très belles vues sur les montagnes des environs. On voyait notamment très bien la montagnes "Los Cuernos" (Les cornes), une formation rocheuse curieuse qui ressemble à un château ou à un gâteau avec ses parois verticales toutes lisses. On a mangé une soupe en conserve froide près d'un lac, puis on a continué notre marche sur un sentier qui ne semblait pas vouloir finir! Soit dit en passant, entre les refuges, il n'y a strictement aucune construction ou service sur les sentiers. Pour l'eau, on remplissait notre gourde dans les nombreux ruisseaux d'eau glaciaire, comme tout le monde! Même si l'eau était propre à la consommation, on la désinfectait tout de même afin d'éviter un nouvel épisode de giardiase comme celui qui a frappé Mémé en revenant d'Albanie l'été dernier!

Vers la fin de la journée, le moral de Mémé oscillait dangereusement entre 4 et 5 sur 10 quand on est finalement arrivés à la rivière qui marquait le campement Italiano! On a trempé nos pieds dans l'eau glacée question de faire une pause, on a salué les Australiens qui s'y étaient arrêtés aussi, puis on s'est rendus à notre camping, une demie-heure plus loin. On serait bien restés au camping Italiano, qui était gratuit, mais celui-ci était plein... En fait, il aurait fallu réserver genre une semaine plus tôt si on avait voulu y séjourner! On s'était donc rabattus sur le camping Francès, payant (évidemment). "Il y a toujours de la place dans les campings payants" Première chose qu'on sait en arrivant: "Ah, je suis pas sûr qu'on ait de la place, vous arrivez tard..."!!! Heureusement, on a fini par trouver un spot très convenable sur la terre meuble (les autres tentes étaient logées sur des plateformes en bois), et j'ai réussi à négocier le prix chilien (un peu moins cher) comme on n'était pas sur des plateformes! Un rare rabais dans cette Patagonie où tout est si cher, comme on vous l'a déjà dit!

Bâti sur une pente avec vue sur un superbe panorama de montagnes et de lacs glaciaires, avec comme trame sonore le gargouillement d'un ruisseau voisin et l'occasionnel bruit sourd annonçant une avalanche lointaine (!) le camping Francès s'est révélé excellent. Cerise sur le sundae: les toilettes et les douches (chaudes!!!) étaient impeccables de propreté! Après une si longue journée, la douche chaude était la meilleure sensation possible! On a aussi recroisé les Suisses et les Québécois, qui logeaient au même camping! On a soupé de sandwiches au thon avec les Québécois, qui eux mangeaient des genre de tortillas grillées... Franchement, notre sandwich avait l'air meilleur!

Après ce délectable repas, on est partis se coucher. À côté de nous, les deux tentes étaient occupés par des Tchèques d'une cinquantaine d'années, de joyeux drilles qui chantaient et jouaient de l'harmonica. Tous des hommes, sauf une madame qui était toujours assise et avait l'air de passer toutes ses journées dans sa tente!

Pour notre 3e journée, on faisait le trait central du W: 6h aller-retour à grimper et descendre la vallée Francès. Notre objectif était d'atteindre le mirador Britanico, au fin fond de la vallée. On est donc revenus sur nos pas jusqu'au campement Italiano, et on a ensuite suivi une rivière tumultueuse pour une montée assez raide jusqu'au premier point de vue, le mirador Francès. De là, on voyait de très près deux glaciers accrochés à flanc de montagne, et on avait une vue superbe sur les lacs en contrebas! On était aussi aux première loges pour voir (et entendre) les fréquentes avalanches qui secouaient la montagne! Quand la glace tombe, elle fait un fracas comparable à un coup de tonnerre, amplifié par l'écho! On en a vu une grande un peu plus tard au cours de la journée, qui a soulevé des nuages de neige et a produit un grondement impressionnant! 

Après cette pause (où on a naturellement revu le couple d'Australiens), on est partis à la conquête du mirador Britanico. Le sentier suivait la rivière turquoise et cheminait sous les arbres, à l'ombre des montagnes. On s'est arrêtés pour manger à nouveau des sandwiches au thon, et on a finalement atteint le mirador au bout du sentier. Le couple d'Australiens nous avaient dit qu'ils n'étaient pas si sûrs que la vue au mirador en vaille la peine tant que ça, mais personnellement on a trouvé ça magnifique! On avait une vue à 360 degrés sur toutes les montagnes qui ceinturaient la vallée, de même que sur la vallée elle-même! On est restés un bon moment à profiter de la vue et à griller au soleil, puis on a commencé notre marche de retour. Un peu avant Italiano, Mémé commençait à être assez tannée, alors notre retour au camping et surtout une douche chaude ont été providentiels! Enfin, pour elle: dans les toilettes des hommes, l'eau était froide car il ne restait plus de gaz... Après un bon moment et une nouvelle bonbonne, j'ai pu me laver avec une eau tiédasse, mais ce n'était pas aussi agréable mettons...

On a rencontré de sympathiques Français qui travaillaient chez Citroën (l'un d'entre eux avait été au Kirgizstan, une rareté chez les gens qu'on rencontre!) et on a revu deux autres Français qu'on avait vus dans la file du supermarché à Puerto Natales. Le gars en question avait été au Québec et semblait trouver nos expressions amusantes, alors il nous a lancé à un moment "Les saucisses sont cuites, tiens moi je mangerais bien une poutine!" On a pas trop compris, mais bon...

C'était la veille du jour de l'An et c'était fête, alors on a ouvert notre paquet de chips et on s'est fait une pizza froide au salami, poivrons et parmesan... C'était moins fameux que ça en avait l'air, surtout comparé au super BBQ que les marcheurs ayant payé pour les repas dégustaient au resto (hors de prix: 30$ l'assiette!) du camping!

On est ensuite partis dormir, car on avait une bonne journée le lendemain. Enfin, on a tenté de dormir. C'était en effet la veille du jour de l'An, et les Tchèques d'à côté comptaient bien fêter la chose en hurlant jusqu'aux petites heures du matin, quitte à réveiller tout le campement autrement silencieux. N'y tenant plus, les premières paroles de 2016 de Mémé furent " Siiiiileeeeeeeence pleaaaaaase!!!!!". Cependant, comme ça ne fonctionnait pas, Mémé est sortie en bobettes prier les Tchèques (et la madame qui riait démesurément aigu) de bien vouloir aller continuer leurs célébrations plus loin, ce qu'ils ont fini par faire! (MP: bon, j'ai encore l'air d'un monstre... Mais sérieusement, je comprends que tu veuilles fêter le nouvel an, mais quand tu es 4 à hurler dans un camping de 100 personnes qui tentent de dormir après une grosse journée, ça finit par être lourd non?!)

La suite bientôt!

lundi 4 janvier 2016

Puerto Natales

Salut, ici Marie-Pascale qui prend le relais!

Notre bus (le seul disponible) pour Puerto Natales au Chili était à 5h30 du AM. L'avantage était qu'on allait arriver tôt et qu'on pourrait organiser notre virée dans le parc national Torres del Paine! Mais on est en Argentine, et les délais sont toujours plus longs qu'on pense. Le bus est venu nous chercher en retard à l'hostel, puis on a attendu pendant un bon 45 minutes au beau milieu de nulle part qu'un autre minibus ramène d'autres passagers... Même si le trajet était joli, on s'est vite endormis! On s'est réveillés un peu avant les douanes argentines, soit une cabane précaire perdue dans un champ!

Il y avait 2 gros bus en avant du nôtre et les douaniers ne suffisaient vraiment pas à la tâche. Oups, j'aurais dû dire LE douanier. Ce pauvre bougre qui entrait à l'ordi toutes les informations de chaque passeport... Après l'heure et demie (!) nécessaire pour sortir d'Argentine, on a repris le bus pour se rendre du côté chilien, où on est tous passés en 20 minutes, en comptant le passage près des valises du chien renifleur qui n'avait pas l'air de bien comprendre sa tâche. Tout le monde trouvait le chien un peu tata et riait discrètement, mais la douanière était plutôt exaspérée! Il faut dire qu'ils sont vraiment vraiment sévères côté "produits qui entrent au Chili". Dans la déclaration de douane, à peu près TOUT ce qui se mange est considéré comme "à risque", des épices aux "produits, même emballés, contenant des végétaux ou des grains"... Par contre, le douanier a eu l'air de nous trouver intenses de vouloir déclarer nos deux sachets d'origan volés au Pizza Hut de Sao Paulo...! François était tout énervé de revenir au Chili et il n'arrêtait pas de vanter les mérites de ce pays aux douanes si efficaces!

On ne le savait pas encore, mais notre cours "patience argentine" n'était pas encore complété, alors on a attendu je ne sais quoi un autre bon 40 minutes dans un carrefour derrière la douane. Après 7h30 de route (plutôt que 5), on est arrivés à Puerto Natales, une ville pas trop laide mais pas trop intéressante non plus ;)

À la gare, on a voulu s'assurer que nos billets de retour le 3 janvier étaient bien confirmés: une chance parce que la réservation n'avait pas marché! Heureusement il restait de la place! On est alors partis à la recherche d'un hostel, péripétie qui nous a fait faire le tour de la ville. On a finalement jeté notre dévolu sur Backpackers Nataly (ouh!), une place plutôt correcte, envahie par des hordes d'Israéliens! Ça ne nous avait pas vraiment frappé en Patagonie argentine, mais du côté chilien, c'était plutôt évident: on dirait que les Israéliens sont à la recherche d'un nouveau territoire tellement ils sont présents en grand nombre ici! On a souvent rencontré des Israéliens en voyage (ils partent presque tous en voyage à la fin de leur service militaire) mais jamais à ce point. Plusieurs magasins/restos ont des affiches en hébreu! Sérieusement, ils représentent probablement 60% des backpackers de Patagonie chilienne! Ils sont bien sympathiques mais le problème c'est qu'ils voyagent en groupe... En fait, de ce qu'ils nous ont dit, il se crée des groupes qui se font et se défont durant leur périple. Dans notre dortoir de 17 (!) il y avait 11 Israéliens qui voyageaient ensemble. Probablement que de finir son service militaire fait que tu te sens libre comme tu ne l'as jamais été, mais ça a comme conséquence que les meutes d'Israéliens ont plutôt l'air de gang d'ados attardés... D'autres détails suivront.

On a jasé avec l'un d'eux, qui mesurait 5 pieds et qui était bien sympa, et qui a trippé quand on lui a dit qu'on était Canadiens. Ça a donné de belles perles du genre: "we LOOOOVE Canada", "I heard your government just changed? That's a pity, this guy (Harper) was awesome!!!" Il nous a raconté un peu à quel point le service militaire était difficile (3 ans pour les gars, 2 pour les filles). Puis il m'a offert du duck tape si on en voulait pour faire nos sacs, me disant que c'était le meilleur duck tape parce qu'il s'en servait pour attacher des bombes entre elles pour ne pas qu'elles explosent. Honnêtement, c'était le pire duck tape jamais vu sur terre: il n'a pas réussi à garder fermée une boite de carton pendant 5 jours. Ça donne confiance en l'équipement militaire israélien haha! Le gars était aussi un peu paradoxal: il faisait sa prière religieusement mais frenchait goulument sa "blonde" (qui s'est avérée être une fille rencontrée depuis quelques jours), sans aucune retenue dans le dortoir de 17.

Bon, où en étais-je? Ce qui restait de notre après-midi devait être consacré à organiser nos prochains jours: 5 jours de randonnée + camping dans Torres del Paine! Une première pour les néophytes du camping que nous sommes. On a donc cherché l'info touristique de la ville, qui avait déménagé, puis qui était fermée ce jour-là pour "raisons internes". On en a donc profité pour marcher le long de l'océan Pacifique! En fait, ça ne ressemble pas du tout à l'océan, parce que plusieurs dizaines d'îles séparent la côte de l'océan. C'est un fjord dans le fond (qui porte le nom encourageant de "fjord du dernier espoir") sauf qu'on voit en plus des montagnes aiguisées et enneigées au loin!

On a finalement trouvé une agence qui donnait des infos sur Torres del Paine, et la fille nous a indiqué ce qu'elle nous conseillait de faire. Elle nous a aussi rassuré sur le fait qu'on allait être bons pour réserver une place dans les campings gratuits et que sinon "il y a toujours de la place dans les campings payants". Fiou! François en a aussi profité pour louer un coupe-vent imperméable, parce que comme la fille disait "il fallait s'attendre à tout côté température"! 

Puis, direction épicerie pour tenter de concocter des plats pour les prochains jours. On n'avait pas de brûleur donc il fallait être original pour trouver quelque chose de pas trop lourd et de pas trop mauvais lorsque mangé froid...
- Sandwich jambon-fromage pour le 1er midi
- Conserve de raviolis avec sauce tomate
- Ragoût de légumes chilien en conserve
- Sandwich au thon x2 repas
- Pizza froide (sauce tomate, poivrons, salami, parmesan)
- Salade de pâte déshydratée (achetée d'avance au MEC)
- Salade de couscous (achetée au MEC)
- Salami et craquelins au fromage
- Un sac de carottes
- Un sac de pommes
- Des barres-tendres
- Des noix
- Pain + beurre d'arachide comme déjeuner
- Des biscuits de Noël au pain d'épices
Tout un délice en perspective!

Puis on est revenus à l'hostel où François a cuisiné une soupe pendant que j'essayais d'organiser nos backpacks. Par organiser, j'entends: "m'arranger pour que François porte le stock le plus lourd"... Finalement, tout est entré limite avec toute la bouffe et c'était vraiment lourd, même si on laissait une partie de nos sacs habituels à Puerto Natales! 

On s'est couchés vers 23h30, un peu avant qu'une fille du dortoir aille fermer brusquement la lumière pour faire comprendre aux Israéliens (qui hurlaient en faisant leurs sacs) qu'il était temps de dormir! Ils ont rouspété en chœur quand c'est arrivé et elle a argumenté d'un mature "nobody wants to hear your shit!". Bonne nuit ;)

dimanche 3 janvier 2016

El Chalten


Salut! C'est François!

De bon matin, on a pris la navette de notre hostel qui nous menait à la gare, où on prenait ensuite notre bus pour El Chalten. Concept un peu bizarre que ce ramassage à chaque hostel pour ensuite se faire débarquer à la gare: on pourrait tout simplement s'y rendre par nos propres moyens et prendre le bus? Mais bon, on ne se plaindra pas! Surtout qu'il tombait un petit crachin ce matin-là!

On est donc partis pour 3h de bus vers El Chalten. En sortant d'El Calafate, une affiche inusitée sur le bord de la route: on y voit la photo de l'ex-présidente argentine, Cristina Kirchner, et la mention "Bienvenidos a casa!" ("Bienvenue à la maison!") Eh oui, elle est originaire d'El Calafate! Elle et son mari Nestor ont dirigé l'Argentine depuis 2003, et elle a récemment été battue aux dernières élections nationales...

Une fois sortis d'El Calafate, on tombe rapidement dans ce qui compose l'essentiel de la Patagonie argentine: des steppes herbeuses immenses, vides, sans arbres. Ces grands espaces arides et venteux, entrecoupés d'innombrables petits arbustes, laissent parfois passer une rivière glaciaire, à l'eau turquoise, entre deux collines. C'est un paysage interminable et répétitif, aussi magnifique qu'hypnotisant. Ici, il n'y a tellement rien entre les quelques rares villages que les cartes indiquent même les emplacements des bâtiments centraux des estancias (ranchs)! En effet, la Patagonie est divisée en immenses domaines privés (les estancias) où sont élevés des moutons qui broutent l'herbe de la steppe. C'est clôturé mais ça n'empêche pas les animaux sauvages comme les guanacos (des genre de lamas sauvages), les nandus (des genre d'autruches) et les flamants roses de s'y promener librement! De temps en temps, quand on aperçoit un bosquet d'arbres de la route, on sait alors que c'est là que se trouve les bâtiments principaux d'une estancia!

Sur le chemin vers El Chalten, on a d'abord remonté une rivière puis on s'est arrêtés à l'estancia La Leona pour une pause. On a ensuite obliqué vers El Chalten à un carrefour désert (il n'y a pas beaucoup de circulation en Patagonie: avec les paysages mgnifiques, c'est l'endroit idéal pour un road trip) et on a continué le long d'un grand lac glaciaire. Petit à petit, les steppes ont laissé place aux montagnes au fur et à mesure qu'on s'approchait des Andes. Avant d'arriver au village, tous les passagers du bus sont descendus à la station des gardes-parc (car El Chalten est situé au coeur de la partie nord du parc national Los Glaciares, le même qui englobe le glacier Perito Moreno où nous nous étions rendus la veille). Là, les rangers nous ont exposé les règles du parc et les principaux sentiers qui pouvaient se faire au départ du village, puis on est remontés dans le bus faire les 300m qui nous séparaient du terminal!

Comme toutes les villes et villages de Patagonie, El Chalten ne gagnera pas la palme de l'architecture la plus extraordinaire, mais c'est une minuscule bourgade sans prétention, aux toits colorés, sise dans une belle vallée où coule une rivière tumultueuse. On y trouve tout autant de chiens errants que partout en Patagonie. L'endroit est plus agréable qu'El Calafate en tout cas, et on était contents d'y passer les prochains jours. On a marché vers notre hostel en affrontant le vent froid. Ici, les bourrasques peuvent atteindre 100 kmh! 

À l'hostel, on a eu la confirmation par courriel (après un peu de gossage au téléphone) que nos billets aller-retour vers Puerto Natales, au Chili, avaient bien été achetés, ce qui nous permettrait d'aller marcher dans quelques jours dans le célèbre parc Torres del Paine! Je ne sais pas si on vous l'a dit, mais ces 3 villes de Patagonie (El Calafate, El Chalten et Puerto Natales) sont TRÈS touristiques durant l'été austral (i.e. maintenant). Comme l'offre de services (hébergement et transport) suffit à peine à répondre à une demande grandissante, on s'est vite rendus compte qu'il fallait tout réserver d'avance! Là on était le 24 décembre et on réservait nos billets vers Puerto Natales aller le 28 décembre et retour le 3 janvier. Or, c'était déjà presque plein pour ces deux dates, autant d'avance! C'est fou! D'ailleurs, on avait été bien chanceux de trouver la veille une place en hostel à El Chalten pour ce soir, tout était plein partout!

Une fois ces tramites terminés, on a mangé des sandwichs puis on est partis faire ce qu'il y a à faire à El Chalten: de la randonnée! El Chalten est l'une des destinations les plus populaires en Patagonie pour les treks, en raison des paysages magnifiques qu'on y trouve. Ici, le vent et l'érosion ont sculpté les Andes pour en faire un massif particulier où émergent de véritables tours effilées de granit. La plus connue est le mont Fitz Roy: allez voir sur Internet! Le sentier qu'on faisait en cette veille de Noël devait nous conduire à la laguna Torre, un plan d'eau faisant face au mont Torre. On a marché pendant environ 6h aller-retour, à travers les collines et les forêts de bouleaux austral. Voici l'autre facette de la Patagonie, avec les steppes: les forêts de Magellan! Ici, les Andes arrêtent les nuages, qui déversent leur eau sur les pentes des montagnes. Contrairement à la steppe qui reçoit peu de précipitations, ce microclimat permet à des forêts de pousser. Pour une raison mystérieuse, ces forêts ne sont constituées que d'un seul type d'arbre, un genre de bouleau noir aux feuilles minuscules. Pas de conifères ni d'autres espèces! 

Il faisait nuageux cette journée-là mais la visibilité était quand même bonne. Par contre, il faisait froid! Un léger crachin nous a accompagné au début, mais celui-ci s'est ensuite changé en neige plus on grimpait vers la lagune! On ne se sentait pas trop dans l'esprit de Noël, mais disons qu'avec la neige, ça nous aidait! Après 3h de marche, on a grimpé la moraine rocheuse pour accéder à la lagune Torre sous le vent et la neige, avec les montagnes enneigées et un glacier en arrière-plan! C'était superbe!

Au retour vers El Chalten, on est revenus via un chemin alternatif qui nous donnait une vue sur le village et la vallée, puis, comme il était près de 20h, on s'est mis en tête de trouver quelque chose à manger. De nombreux restos proposaient des menus alléchants pour la veille de Noël... mais on a fait le saut quand on a vu les prix! De 75$ à 95$ par personne pour un menu navideno!!! On veut bien que ce soit Noël, que ce soit la Patagonie et qu'on soit en haute saison touristique, c'est tout de même un bon montant pour un repas! On s'est finalement rabattus sur des plats à emporter d'un resto végétarien, qu'on a quand même accompagné de cidre de pomme (spécialité argentine) pour Noël! En revenant à l'hostel pour manger, on a pu assister à la "parade" du Père Noël dans le camion de pompier du village, qui remontait la rue principale en actionnant sa sirène!

Après avoir mangé, on était complètement crevés, le visage rougi par le soleil. Voici un autre mystère: il avait fait nuageux toute la journée et on avait mis de la crème, mais on se retrouvait quand même avec des coups de soleil! Et ça s'est confirmé lors de toutes nos randonnées en Patagonie! En plus, comme on est loin de l'équateur ici, on devrait être moins exposés au soleil, non? Y a-t-il un scientifique dans la salle qui pourrait nous expliquer ce phénomène? Cela dit, comme c'était Noël, on a tenté de skyper avec la famille de Mémé, mais ça a échoué assez misérablement en raison de la piètre qualité de la connexion Internet d'El Chalten... On a donc été se coucher, fourbus, et ça a été notre soirée de Noël haha!

Jour 2 à El Chalten: à notre réveil, il pleuvait des cordes et il faisait toujours aussi froid. Et à regarder le couvert nuageux, c'était parti pour durer toute la journée. Pas super pour une randonnée de 8h comme on comptait faire! Mais avant, on devait faire nos sacs et changer d'hostel, car celui-ci était plein et on avait réservé 2 autres nuits dans un autre (les joies de voyager en haute saison en Patagonie, sans avoir réservé des semaines d'avance). Cela dit, notre nouvel hostel (Condor de los Andes) était vraiment mieux! 

Qu'est-ce qu'on fait quand il pleut à boire debout, que la visibilité est nulle et que la seule chose à faire dans le village où l'on se trouve est de la randonnée? On prend ça relax! On s'est donc fait une soupe, on a fait le lavage, on a écrit le blog, on a lu, on a parlé aux autres touristes oisifs de notre hostel, on a téléchargé et envoyé par courriel une photo à nos parents (cette dernière opération, a priori plutôt simple, nous a pris environ 3h tellement l'Internet était lent)... Puis, il s'est mis à neiger à gros flocons mouillés sur le village! Tout le monde s'est précipité dehors pour prendre des photos! Il faut comprendre qu'ici, on est au début de l'été et ce n'est pas habituel qu'il neige à cette période-ci de l'année! C'est comme s'il neigeait en mai chez nous! J'en ai profité pour aller marcher un peu: en tout cas, on pourra dire qu'on l'aura eu, notre Noël blanc!

Il y avait une famille de Coréens dans notre hostel dont la petite fille avait adopté un des chiens errants de la ville. Celui-ci l'attendait au pas de la porte, complètement trempé par la pluie glacée. La petite Coréenne est alors sortie pour essuyer tant bien que mal le chien avec du papier de toilette! Inutile de vous dire que le chien était aux anges! Parlant de Coréens, le père de la famille faisait constamment la vaisselle. Il monopolisait toujours l'évier de la cuisine pour ça! OK, il cuisinait, mais c'était quand même intense son affaire, je ne sais pas comment il faisait pour salir autant de vaisselle!

La neige s'est rechangée en pluie au cours de l'après-midi et a faibli un peu , ce qui m'a rendu optimiste pour effectuer une petite promenade vers une jolie cascade en remontant la rivière. C'est là que je me suis rendu compte que mon coupe-vent n'était pas vraiment imperméable... Après deux heures de marche, j'étais mouillé de la tête aux pieds, alors que Mémé grelottait dans ses souliers trempés! De retour à l'hostel, on a tout fait sécher et on a jasé avec un couple de Néerlandais. Le gars occupait un emploi pour le moins singulier: il était ingénieur sur une plate-forme pétrolière au large de la Terre de feu, tout au sud de l'Argentine! Il travaillait 4 semaines de nuit sur place, puis la compagnie lui payait le billet d'avion vers la Hollande où il avait quelques semaines de repos avant de recommencer! 

Une fois changés, on est allés manger une pizza bien argentine (immigration italienne oblige) au Patagonicus, un resto à un jet de pierre de notre hostel (mais tout est proche ici). Là, on a retrouvé des Belges germanophones bien sympathiques à qui Mémé avait parlé la veille et à qui on a jasé un moment. De retour à l'auberge de jeunesse, comme c'était Noël, j'ai fait une tentative de Skype avec ma famille, mais là encore ça n'a pas été une réussite! Mémé a par contre pu mettre son savoir médical à contribution en aidant une fille de Vancouver qui partageait notre chambre et qui avait une éruption cutanée. Pratique de voyager avec une externe en médecine!

Jour 3: à notre réveil, il pleuvait encore... On a bénéficié de notre déjeuner inclus (un bout de pain, de la confiture et du beurre, et une boisson chaude: pas de quoi nous soutenir plus d'une heure!) puis on est partis vers l'agence avec laquelle on devait partir ce jour-là. On avait en effet réservé un tour pour faire l'une des activités prisées de la région: la marche sur glacier! Malheureusement par contre, la mauvaise température obligeait l'agence à remettre le tour au lendemain... Voilà qui nous confinait à une journée de pluie comme la veille...

Cette fois, on a décidé d'aller marcher sous la pluie tout de même. Mais avant tout, il fallait m'acheter un poncho pour palier aux défaillances manifestes de mon coupe-vent. On cherchait un poncho cheap, en plastique épais, du genre celui qu'on peut trouver au Dollorama pour un ou deux dollars chez nous. Devinez combien on vend un poncho de piètre qualité à El Chalten? 23$!!! Le même magasin vendait une bouteille thermos toute simple 95$!!! D'accord, El Chalten est une destination chère même selon les standards patagons, mais là c'était indécent! On a donc trouvé une solution gratuite: j'ai revêtu un sac de poubelle par dessus mon coupe-vent! Ce n'était pas chic, mais ça a fonctionné, je n'ai presque pas été mouillé au torse!

On a marché sous la pluie froide vers le massif du Fitz Roy, complètement caché par les nuages. Après avoir mangé un sandwich sous un arbre, on a fait le tour de la petite lagune Capri. On est ensuite arrêtés à un point de vue où la visibilité était quasi-nulle, puis, compte tenu du moral déclinant de Mémé en raison de la pluie, du vent et du froid, on est revenus sur nos pas

À la moitié du chemin de retour, contre toute attendre, la pluie a cessé et le ciel s'est progressivement dégagé, ce qui nous a permis de sécher un peu! On avait tout même marché 3h sous la pluie incessante! De retour à l'hostel, on s'est retournés pour jeter un coup d'oeil à l'endroit d'où on venait... et soudain on a vu le massif du Fitz Roy se découper au-dessus des montagnes! C'était magnifique! On aurait dû le voir du village depuis notre arrivée, mais les nuages nous en avaient jusque là empêché!

Transie de froid, Mémé est revenue relaxer à l'hostel, alors que je profitais du retour inespéré du beau temps pour faire le court sentier du mirador de los Condores. Parvenu en haut de la petite montagne, j'avais une vue sublime sur toute la chaîne du Fitz Roy, le ciel étant désormais complètement dégagé! C'est possiblement l'un des points de vue les plus beaux que j'ai pu observer! Je suis redescendu en courant vers le village rechercher Mémé qui ratait ce magnifique spectacle, en croisant au passage les Belges qui courraient vers le mirador! J'ai pu facilement convaincre Mémé de m'accompagner à nouveau au sommet, et une fille de Vancouver s'est également jointe à nous. Elle y avait été un peu plus tôt, mais voulait y retourner pour profiter de la vue! On est restés un bon moment à admirer le spectacle en s'abritant du vent! Je manque de qualificatifs pour vous décrire à quel point c'était beau, et les photos ne rendront probablement pas justice à la beauté du tableau qui s'offrait à nous! 

De retour en ville, Mémé et moi sommes partis souper dans un bon resto. Un excellent repas nous attendrait : 2 casseroles accompagnées d'une bouteille de vin patagon (Bodega del fin del mundo)! On a eu comme spectacle des chiens qui jouaient par la fenêtre haha! Bref, une très belle fin de soirée pour une journée riche en émotions!

Pour notre quatrième journée à El Chalten, on s'est levés tôt pour notre excursion au glacier Viedma. Cette fois, la température superbe a fait en sorte que nous avons pu partir! On s'est d'abord rendus au lac Viedma, un grand lac glaciaire entouré de montagnes enneigées. De là, on a fait une superbe croisière d'une heure sur le lac en direction du glacier Viedma! Le bateau est passé près de la façade du glacier, d'environ 40 m de haut, en naviguant entre les icebergs (heureusement, pas de remake du Titanic!). Puis, on a accosté et on a franchi une petite butte vers le glacier. On avait plusieurs jeunes guides qui accompagnaient notre groupe d'une trentaine de personnes, et ceux-ci ont eu tôt fait de repérer la dame en imperméable jaune qui avait le plus besoin d'aide! 

Arrivés au glacier, on a chaussé nos crampons (qu'on ajoutait à nos souliers), on a eu un cours express sur comment se déplacer sur un glacier, et on est partis! Le glacier était couvert de pierres et de sable, qu'il ramasse en longeant les montagnes un peu plus haut. Ce n'était donc pas le blanc immaculé auquel on pourrait penser, mais plus on s'éloignait du bord de roche, moins il y avait de débris. 

C'est comment, marcher sur un glacier? Eh bien, ça ressemble drôlement à marcher sur... de la vieille neige bien compacte! C'est donc quelque chose que nous, Québécois, on connait déjà! La différence principale? Il y a tout plein de trous et de crevasses, parfois très profondes, sur un glacier, donc il faut savoir où on marche! Et même si le dessus du glacier fait penser à de la vieille neige, plus on va profond plus on trouve de la véritable glace!

Après plusieurs observations de crevasses, des explications sur la formation des glaciers et un peu de marche, nos guides nous ont dit qu'ils avaient une surprise pour nous... On a ainsi pu boire une liqueur de café on the rocks, avec des glaçons en provenance du glacier. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut boire un verre de Tia Maria avec des glaçons centenaires!

Par la suite, on a quitté le glacier et on est revenus sur la roche pour manger notre diner en attendant le retour de notre bateau. On a jasé à une famille de Français basques, puis on est revenus en bateau et en bus à El Chalten. Verdict de notre excursion sur le glacier, un must de Patagonie: c'était intéressant et bien sympathique, mais ça ne valait pas les 170$ par personne (eh oui, c'est très cher la Patagonie!) que ça coûtait! D'autant plus qu'on avait déjà vu de la neige et de la glace auparavant, alors c'était peut-être un peu moins impressionnant. Les paysages demeuraient très beaux cependant!

De retour à l'hostel, on a jasé un peu avec les Belges en attendant notre bus vers El Calafate. On a aussi été témoins d'une scène peu glorieuse, où un Français pestait contre la famille de Coréens passablement déconcertés, qui avaient semble-t-il pris "sa" place à une table de l'hostel : "Non mais y'a aucun moyen d'avoir une place adéquate! Fuck you!" La grande classe...

Notre retour vers El Calafate s'est fait sans histoire, et on a quitté les Belges au terminal. On est ensuite revenus vers l'hostel, où on a récupéré nos précieux billets vers El Calafate! Dans la pièce commune, on a jasé à des Québécois un peu colons "on voyage pour la rando et pour les belles filles" (on n'exporte pas toujours nos meilleurs spécimens...) On a rapidement pris congé d'eux pour aller se coucher car on partait le lendemain à 5h30 pour le Chili!

La Patagonie chilienne très bientôt, après cette longue entrée!