samedi 9 janvier 2016

Torres del Paine, partie 1


Salut! C'est François qui sera votre guide pour vous raconter nos premiers jours de visite du mythique parc national Torres del Paine!

Après une courte nuit, on s'est réveillés vers 5h45 du matin avec les Israëliens pour se préparer, car notre bus pour le parc partait à 7h30. L'hostel où on logeait fournissait un déjeuner: bien entendu, c'était un bout de pain blanc avec de la confiture! Heureusement qu'on avait prévu autre chose pour nous soutenir cette journée-là!

Comme d'habitude, on est partis un peu juste de l'hostel et on a marché pas mal vite vers la gare. Outre quelques backpackers et de nombreux chiens errants, il n'y avait pas âme qui vive dans les rues de Puerto Natales à cette heure-là... Faut dire que ce n'est pas une bien grosse ville, et que quand on vit dans une région aussi éloignée, il n'y a pas grand-chose de pressant qui pousse à se lever tôt le matin!

Notre bus était un vieux machin aux rideaux sales qui empestait l'urine (comme il est doux d'avoir une toilette à bord!), mais il était plein à craquer de touristes se rendant à Torres del Paine (comme les 5 autres bus qui partaient en même temps pour le même endroit, d'ailleurs). Un peu normal, puisqu'il s'agit de l'attraction touristique majeure de la région! Loin derrière figure la caverne du Milodon, une grotte où a été découvert un squelette d'un paresseux géant préhistorique. Aujourd'hui, le Milodon est devenu l'improbable emblème de Puerto Natales, et une statue géante (et bizarre) de cette créature particulière accueille d'ailleurs le visiteur à son arrivée en ville!

Dans le bus, on s'est vite rendus compte qu'on était juste derrière des Québécois! David et Virginie, un jeune couple de Beloeil, venaient également passer leurs vacances à Torres del Paine! On a sympathisé le long du trajet avant de tomber endormis (c'est immanquable: on finit toujours par dormir dans les bus)! Le passage de l'asphalte au gravier nous a brusquement sortis de notre sommeil, juste à temps pour qu'on puisse voir les troupeaux de guanacos dans les collines sauvages qui nous entouraient! Je ne sais pas si vous le saviez, mais les guanacos sont des animaux qui ne sont pas facilement stressés: ils chillaient à 10 mètres de la route, et ne bronchaient même pas quand le bus leur passait sous le nez! Ça nous a permis de bien les voir en tout cas!

On a finalement débouché sur le parc national, en suivant une rivière turquoise qui allait de cascade en en cascade. La journée était superbe, et on distinguait facilement au loin le massif des Torres del Paine, des formations rocheuses effilées. Le premier coup d'oeil était bien joli! 

On est ensuite arrivés au poste de contrôle de la Laguna Amarga, où on a pu voir l'efficacité chilienne en action. Autant en Argentine les choses traînent en longueur pour tout (passer les douanes, attendre son plat au resto, changer de l'argent, etc.), autant au Chili les choses se font rapidement et rondement! Bon, Mémé dira que je suis biaisé, mais c'est l'un des bons côtés du Chili! Donc, on nous a fait sortir du bus, puis on nous a subséquemment dirigés vers les étapes de l'enregistrement de l'entrée dans le parc, du paiement (35$ par personne, c'est cher!), de la réservation des sites de camping (plus de place dans les campings gratuits, naturellement, il faudra donc nous rabattre sur les campings payants) et finalement du film sur les consignes du parc. Temps total de l'opération: 15-20 minutes. Si l'administration du parc avait été confiée à l'Argentine, nous serions peut-être encore là à l'heure actuelle! 

On nous a donné une carte des sentiers qui contenait quelques consignes. Certaines étaient intrigantes: on conseillait aux touristes de toujours faire du vélo à deux en raison des risques d'attaque de pumas, mais les marcheurs n'avaient pas droit à une telle mise en garde! On en a déduit que les pumas devaient particulièrement aimer la viande de cycliste! Après cette étape, on a malheureusement dû remonter dans notre bus puant pour nous rendre à Puerto Pudeto, d'où on comptait prendre un catamaran sur le lac en direction des sentiers. À notre arrivée, on avait environ une heure à tuer avant de prendre le catamaran, donc on est partis avec les Québécois faire un petit sentier qui menait vers une belle chute où il ventait effroyablement. On avait un peu mal calculé nos affaires par contre, alors on est revenus à la course vers le bateau afin de ne pas le manquer! Tout essoufflés, on a alors constaté que le bateau était plein et qu'on ne pourrait pas embarquer! "Je reviens vous chercher dans une heure!" nous a lancé le capitaine, à nous et à notre trentaine de compagnons d'infortune! Résignés au fait qu'on ne reverrait pas le bateau avant un long moment, on a donc patienté en mangeant notre lunch. Finalement, le catamaran est revenu nous chercher un peu plus d'une heure plus tard, et on est partis pour une balade de 30 minutes sur le magnifique lac Pehoé, aux eaux turquoises, avec une vue sur les montagnes majestueuses et enneigées des alentours! Il ventait terriblement sur le pont, mais c'était bien plus plaisant de rester dehors! Soit dit en passant, cette courte croisière nous a couté l'exorbitante somme de 30$ pour 30 minutes de navigation. Faites le calcul: c'est plus cher que chez nous! Juste pour se rendre aux sentiers, on avait donc payé 65$ par personne (entrée au parc et bateau)! Ça, c'est aussi le Chili: ça fonctionne bien, mais on paie pour tout!

Une fois le lac traversé, on est arrivés au refuge Paine Grande, d'où débutait notre sentier. On a dit au revoir aux Québécois et on a commencé la première partie du sentier W, que l'on allait faire pour les 5 prochains jours! Le sentier W est ainsi nommé parce que son tracé sur une carte ressemble à un W (original, je sais). Ce circuit est le plus populaire du parc et se fait en environ 5 jours. Certains crinqués mentaux font aussi le circuit long (sentier Paine), qui ajoute 5 jours au sentier W, pour un total de 10 jours de marche! C'était pas mal trop long pour nous!

Pour notre première journée, on débutait avec 4h de marche vers le refuge Grey et son glacier éponyme. Il faisait beau et suffisamment chaud quand il n'y avait pas de vent (avec le vent, par contre, on gelait rapidement!) On a d'abord suivi un canyon aride, ce qui nous a conduit à une lagune. Ce secteur du parc est un peu particulier car la forêt qui existait ici a brûlé en 2011: il ne reste que les squelettes blanchis des arbres. Un touriste (israélien, semble-t-il), aurait allumé un feu qui se serait propagé à la forêt en raison du vent. Conséquence: la destruction de dizaines d'hectares d'une forêt qui prendra des siècles à repousser compte tenu des conditions climatiques de la Patagonie. Bravo!... En tout cas, le feu est maintenant très sévèrement puni dans le parc: quiconque en allume un ou utilise un brûleur hors des endroits spécifiquement prévus à cette fin risque plusieurs dizaines de milliers de dollars d'amende et une peine de prison de 3 ans!

Avec nos gros sacs remplis de bouffe, on trouvait la montée difficile! On a par contre été récompensés quand, après avoir longé un lac et des montagnes pendant un moment, on est arrivés au mirador (point de vue) sur le glacier Grey! La vue était époustouflante, on voyait les 3 branches du glacier se jeter dans le lac! Mémé considère c'est l'un des plus beaux points de vue qu'elle ait vu! Il ventait épouvantablement par contre, au point où on pouvait difficilement rester bien longtemps!

On est ensuite resdescendus, en croisant et recroisant au fil de nos arrêts un couple d'Australiens. D'ailleurs, on s'est vite rendus compte qu'on recroisait souvent les mêmes personnes, étant donné que tout le monde fait grosso modo le même circuit! On a franchi une rivière encaissée entre 2 hautes parois rocheuses, admiré une chute tombant des montagnes à notre droite, puis on est finalement arrivés au campement assez crevés en raison de la lourdeur des sacs!

On a monté la tente dans une clairière près d'une forêt de bouleaux australs, puis on s'est régalés de nos raviolis en boite. Pour vrai, ce n'était pas si pire, et ça nous rappelait la Guyane française où ce plat cheap était devenu l'un de nos lunchs de prédilection! On a sympathisé avec un couple de Suisses qui mangeaient à notre table et qui avaient l'air de nous trouver très drôles avec nos raviolis! Eux avaient amené de la soupe en sachet de Suisse: pas sûr que c'était beaucoup mieux! Après cette première demie-journée de marche (sans pluie!), on s'est endormis rapidement dans notre tente... On était un peu serrés avec nos sacs, mais on a bien dormi quand même!

Jour 2: au programme, 8-9h de marche vers le campement Francès. 20,5km: notre plus grosse journée! J'aurais voulu aller à un point de vue un peu plus loin avant de commencer, mais Mémé m'a convaincu que c'était peut-être un peu trop...On a déjeuné mais on a laissé tomber la douche vu qu'elles étaient assez peu ragoûtantes... On débutait par revenir sur nos pas (4h de marche) jusqu'au refuge Paine Grande, où on était débarqués la veille. Toujours aussi jolie, cette section s'est faite rapidement et avec un bon moral pour Mémé! Avec le temps, j'ai d'ailleurs développé une échelle de 0 à 10 pour qualifier le moral de Mémé, chose très importante lorsqu'on marche de longues distances avec elle! Au début de la journée, le moral est généralement très bon (9 sur 10) et baisse progressivement en fonction de différents facteurs: la chaleur, le froid, le temps, la température (heureusement qu'il ne pleuvait pas), la fatigue, la faim (il faut nourrir Mémé aux heures maximum, sinon on risque la catastrophe), la soif, la douleur (aux pieds, au dos) et d'autres facteurs inclassables et imprévisibles (généralement, il s'agit d'une frustration inopinée contre quelque chose ou quelqu'un, du genre moi). Jusqu'à 7 sur 10, ça va encore, mais le moral tombe généralement rapidement dès qu'on franchit le 6 sur 10. 5 sur 10 garantissent une Mémé silencieuse et maussade, et caractérise généralement la fin d'une longue journée de marche. En deçà de ce seuil critique (qu'il vaut mieux ne jamais franchir), vous vous exposez à des plaintes, de la colère et du désespoir, alors qu'à 0 sur 10 Mémé refuse de bouger et exige qu'on revienne en bus haha! Blague à part, le moral de Mémé n'est tombé à son plus bas qu'à 4 durant nos 5 jours de marche, et uniquement pendant un bref moment vers la fin de nos deux plus grosses journées! :-) (MP: bon, j'ai l'air d'un monstre haha!)

Anecdote à classer dans la catégorie "le monde est petit": en chemin, Mémé a croisé l'une des médecins résidents avec qui elle a effectué un stage l'an passé à Québec! Quelles étaient les chances de croiser quelqu'un qu'on connait à l'autre bout du monde, la même journée??? C'est la 2e fois que ça nous fait ça en plus (à Dubrovnik l'an dernier on avait aussi croisé des amis de la famille de Mémé)!

Il faisait encore super beau quand on a attaqué la seconde portion du trajet de la journée: du refuge Paine Grande à Italiano! Bien qu'il passait en bonne partie dans un secteur brûlé du parc, ce tronçon nous offrait de très belles vues sur les montagnes des environs. On voyait notamment très bien la montagnes "Los Cuernos" (Les cornes), une formation rocheuse curieuse qui ressemble à un château ou à un gâteau avec ses parois verticales toutes lisses. On a mangé une soupe en conserve froide près d'un lac, puis on a continué notre marche sur un sentier qui ne semblait pas vouloir finir! Soit dit en passant, entre les refuges, il n'y a strictement aucune construction ou service sur les sentiers. Pour l'eau, on remplissait notre gourde dans les nombreux ruisseaux d'eau glaciaire, comme tout le monde! Même si l'eau était propre à la consommation, on la désinfectait tout de même afin d'éviter un nouvel épisode de giardiase comme celui qui a frappé Mémé en revenant d'Albanie l'été dernier!

Vers la fin de la journée, le moral de Mémé oscillait dangereusement entre 4 et 5 sur 10 quand on est finalement arrivés à la rivière qui marquait le campement Italiano! On a trempé nos pieds dans l'eau glacée question de faire une pause, on a salué les Australiens qui s'y étaient arrêtés aussi, puis on s'est rendus à notre camping, une demie-heure plus loin. On serait bien restés au camping Italiano, qui était gratuit, mais celui-ci était plein... En fait, il aurait fallu réserver genre une semaine plus tôt si on avait voulu y séjourner! On s'était donc rabattus sur le camping Francès, payant (évidemment). "Il y a toujours de la place dans les campings payants" Première chose qu'on sait en arrivant: "Ah, je suis pas sûr qu'on ait de la place, vous arrivez tard..."!!! Heureusement, on a fini par trouver un spot très convenable sur la terre meuble (les autres tentes étaient logées sur des plateformes en bois), et j'ai réussi à négocier le prix chilien (un peu moins cher) comme on n'était pas sur des plateformes! Un rare rabais dans cette Patagonie où tout est si cher, comme on vous l'a déjà dit!

Bâti sur une pente avec vue sur un superbe panorama de montagnes et de lacs glaciaires, avec comme trame sonore le gargouillement d'un ruisseau voisin et l'occasionnel bruit sourd annonçant une avalanche lointaine (!) le camping Francès s'est révélé excellent. Cerise sur le sundae: les toilettes et les douches (chaudes!!!) étaient impeccables de propreté! Après une si longue journée, la douche chaude était la meilleure sensation possible! On a aussi recroisé les Suisses et les Québécois, qui logeaient au même camping! On a soupé de sandwiches au thon avec les Québécois, qui eux mangeaient des genre de tortillas grillées... Franchement, notre sandwich avait l'air meilleur!

Après ce délectable repas, on est partis se coucher. À côté de nous, les deux tentes étaient occupés par des Tchèques d'une cinquantaine d'années, de joyeux drilles qui chantaient et jouaient de l'harmonica. Tous des hommes, sauf une madame qui était toujours assise et avait l'air de passer toutes ses journées dans sa tente!

Pour notre 3e journée, on faisait le trait central du W: 6h aller-retour à grimper et descendre la vallée Francès. Notre objectif était d'atteindre le mirador Britanico, au fin fond de la vallée. On est donc revenus sur nos pas jusqu'au campement Italiano, et on a ensuite suivi une rivière tumultueuse pour une montée assez raide jusqu'au premier point de vue, le mirador Francès. De là, on voyait de très près deux glaciers accrochés à flanc de montagne, et on avait une vue superbe sur les lacs en contrebas! On était aussi aux première loges pour voir (et entendre) les fréquentes avalanches qui secouaient la montagne! Quand la glace tombe, elle fait un fracas comparable à un coup de tonnerre, amplifié par l'écho! On en a vu une grande un peu plus tard au cours de la journée, qui a soulevé des nuages de neige et a produit un grondement impressionnant! 

Après cette pause (où on a naturellement revu le couple d'Australiens), on est partis à la conquête du mirador Britanico. Le sentier suivait la rivière turquoise et cheminait sous les arbres, à l'ombre des montagnes. On s'est arrêtés pour manger à nouveau des sandwiches au thon, et on a finalement atteint le mirador au bout du sentier. Le couple d'Australiens nous avaient dit qu'ils n'étaient pas si sûrs que la vue au mirador en vaille la peine tant que ça, mais personnellement on a trouvé ça magnifique! On avait une vue à 360 degrés sur toutes les montagnes qui ceinturaient la vallée, de même que sur la vallée elle-même! On est restés un bon moment à profiter de la vue et à griller au soleil, puis on a commencé notre marche de retour. Un peu avant Italiano, Mémé commençait à être assez tannée, alors notre retour au camping et surtout une douche chaude ont été providentiels! Enfin, pour elle: dans les toilettes des hommes, l'eau était froide car il ne restait plus de gaz... Après un bon moment et une nouvelle bonbonne, j'ai pu me laver avec une eau tiédasse, mais ce n'était pas aussi agréable mettons...

On a rencontré de sympathiques Français qui travaillaient chez Citroën (l'un d'entre eux avait été au Kirgizstan, une rareté chez les gens qu'on rencontre!) et on a revu deux autres Français qu'on avait vus dans la file du supermarché à Puerto Natales. Le gars en question avait été au Québec et semblait trouver nos expressions amusantes, alors il nous a lancé à un moment "Les saucisses sont cuites, tiens moi je mangerais bien une poutine!" On a pas trop compris, mais bon...

C'était la veille du jour de l'An et c'était fête, alors on a ouvert notre paquet de chips et on s'est fait une pizza froide au salami, poivrons et parmesan... C'était moins fameux que ça en avait l'air, surtout comparé au super BBQ que les marcheurs ayant payé pour les repas dégustaient au resto (hors de prix: 30$ l'assiette!) du camping!

On est ensuite partis dormir, car on avait une bonne journée le lendemain. Enfin, on a tenté de dormir. C'était en effet la veille du jour de l'An, et les Tchèques d'à côté comptaient bien fêter la chose en hurlant jusqu'aux petites heures du matin, quitte à réveiller tout le campement autrement silencieux. N'y tenant plus, les premières paroles de 2016 de Mémé furent " Siiiiileeeeeeeence pleaaaaaase!!!!!". Cependant, comme ça ne fonctionnait pas, Mémé est sortie en bobettes prier les Tchèques (et la madame qui riait démesurément aigu) de bien vouloir aller continuer leurs célébrations plus loin, ce qu'ils ont fini par faire! (MP: bon, j'ai encore l'air d'un monstre... Mais sérieusement, je comprends que tu veuilles fêter le nouvel an, mais quand tu es 4 à hurler dans un camping de 100 personnes qui tentent de dormir après une grosse journée, ça finit par être lourd non?!)

La suite bientôt!

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