dimanche 10 janvier 2016

Torres del Paine, partie II


Rebonjour! C'est encore François!

Au jour 4 de notre exploration du sentier W à Torres del Paine, on avait une autre grosse journée de marche devant nous: 18km du campamento Francès où nous étions jusqu'au campamento Chileno, avec une bonne montée vers la fin! Heureusement, il faisait toujours beau (et nos sacs étaient déjà plus légers qu'au début) quand on s'est lancés sur le sentier le matin! Pour débuter, les choses étaient relativement aisées puisqu'on descendait vers la berge du grand lac que nous longions. On s'est arrêtés un moment sur la belle plage de galets pour admirer le paysage les pieds dans l'eau (pas trop longtemps quand même, c'était assez froid)! Après un peu moins de deux heures de marche, on est ensuite arrivés au prochain campement (campemento Cuernos), où on a fait une pause. On a parlé un moment avec les Français de chez Citroen. Fait amusant: l'un des gars avait déjà effectué un stage en entreprise au Québec! Malheureusement pour lui, c'était à Laval, mais au moins il vivait à Montréal haha! 

On a quitté le campement Los Cuernos et on a ensuite franchi un torrent pour débuter ce qui s'annonçait comme le tronçon le plus long de la journée: 4h30 de marche jusqu'au prochain croisement de sentier! Cette section a été un peu plus éprouvante compte tenu du fait qu'il ne s'agissait pas de la plus belle partie du sentier (des pentes arides le long d'un lac), que ça montait et qu'il faisait pas mal chaud en raison du soleil qui tapait fort! Arrivés au pont et à la chute qui marquait grosso modo le milieu de cette section de sentier, on s'est arrêtés pour manger une salade de pâtes déshydratée. Puis, le temps a changé brusquement et le ciel s'est rapidement couvert. Pour le restant de la journée, il a pleuvoté par instants! Dans les montagnes, le temps est très changeant, et on se compte déjà chanceux d'avoir bénéficié d'autant de journées ensoleillées! 

On a continué notre marche sous le ciel menaçant, le moral de Mémé tournant autour de 6 sur 10!... Plus ça allait, plus les passages des ruisseaux étaient complexes, culminant par un passage à gué d'une rivière où il a fallu longtemps avant qu'on trouve un passage sur les roches sans se mouiller les pieds! D'ailleurs, compte tenu du prix qu'on paie pour entrer dans le parc et du nombre élevé de touristes qui empruntent les sentiers, on a été un peu étonnés par le mauvais état général des passerelles et des ponceaux et par l'absence de ponts à des endroits où il aurait été très apprécié qu'il y en ait! Souvent, des sections entières de ponceaux avaient cédé, et on devait traverser les obstacles (boue, ruisseaux) sur des pierres, des planches mises n'importe comment et des branches Au final, ce n'était pas vraiment difficile, mais sérieusement, il me semble que la CONAF (l'autorité qui gère les parcs nationaux chiliens) pourrait investir un peu plus dans l'entretien du sentier le plus populaire du parc national le plus visité d'Amérique du Sud!

Enfin, après un bon moment, on est arrivés à la jonction vers le camping Chileno. Là, le sentier s'est mis à grimper en grand (ce qui nous donnait une belle vue par contre) et il s'est mis à pleuvoir pas mal! C'est là que j'ai réalisé que le manteau que j'avais loué à Puerto Natales n'était pas super! Le positif: il était en effet très imperméable. Par contre, il ne respirait tellement pas que je suais à grosses gouttes dedans après quelques minutes de marche, si bien qu'au final mes vêtements étaient plus trempés que si j'avais simplement subi la pluie! Étonnamment, notre moral demeurait bon pour cette section, peut-être en raison de mes déboires avec mon manteau! 

Après une montée particulièrement coriace, on s'est arrêtés pour reprendre notre souffle et on a parlé à un Américain du Colorado bien intéressant. Quand il a su qu'on venait du Québec, il nous a dit que ses ancêtres étaient franco-canadiens. On lui a demandé son nom de famille: il s'appelait Gaudreault! Il le prononçait à l'anglaise et était bien content qu'on lui dise comment se prononce réellement son propre nom haha! Comme quoi l'héritage de la Nouvelle-France demeure bien vivant en Amérique du Nord, même loin du Québec! L'Américain en question travaillait dans la construction. Mais pas n'importe où: en Antarctique, sur une base américaine! Il faisait des contrats de quelques mois avant de revenir aux USA! Disons que ça se plogue bien dans une conversation: "Moi, quand je travaillais en Antarctique...." haha!

Éventuellement, on a rejoint le sentier principal et on vu au le campement chileno au fond de la vallée! Heureusement car le moral de Mémé sombrait vers les bas-fonds!... On est arrivés au camping Chileno après 6h de marche: on avait fait ça vite finalement! Le camping était situé dans le fond d'une magnifique vallée où coulait un jolie rivière turquoise. En prime, on avait une vue (entre deux nuages, car il semi-pleuvotait toujours) sur les fameuses Torres del Paine! La fille de l'accueil du refuge a été bien gentille de nous conseiller d'utiliser les douches et toilettes du refuge, en nous indiquant que celles du camping étaient souvent "un peu sales". Heureusement qu'on a suivi son conseil car celles du camping étaient épouvantables, et on commence à en avoir vu en 5 ans de voyage des toilettes malpropres! Pour le prix qu'on payait en plus pour planter notre tente et avoir accès aux services (17$ par personne), c'était véritablement scandaleux!

On avait tenté de réserver d'avance une place de camping car, pas fous, on avait compris que c'était pas vraiment vrai finalement qu'il y avait toujours de la place. Naturellement, la réservation n'avait pas marché, mais le gars bête du camping nous a dit qu'il restait de la place. Où? "Par là" nous a-t-il répondu en pointant vaguement une direction où on ne voyait que la berge de la rivière. Merci pour l'aide! En sortant, on a constaté que tous les sites proches des bâtiments des services étaient déjà occupés... En fait, le camping continuait plus loin, mais on ne le savait pas, parce que le gars du camping avait été tellement précis... Bref, on a tenté de poser notre tente en haut d'une côte, mais il n'y avait pas assez de place finalement et on a fini par déménager la tente juste à côté du bâtiment principal du camping. Malheureusement, c'était aussi en plein face à l'endroit où les chevaux étaient attachés, et nous pouvions humer le doux nectar du crottin de cheval! Bon, ça a fini par se tasser grâce à la pluie et au final ce n'était pas si pire! Cela dit, ce n'était pas le meilleur camping où on dormi à Torres del Paine! Parlant de cheval, devinez combien il en coûte pour redescendre du camping chileno à l'hôtel (1h30 de marche) qui marque le début de cette partie du W? 100$ pour une heure de cheval!! 

Après des douches chaudes réparatrices, on a soupé de craquelins et salami avec beaucoup trop de poivre, à l'ombre des Torres del Paine!

À 4h45 ce matin-là, le cadran nous a réveillés. Premier constat: il pleut et il fait froid... Pour Mémé, la décision était prise: elle n'irait pas jusqu'au mirador voir les Torres del Paine sous la pluie! Votre humble serviteur par contre, un peu trop motivé, comptait bien s'y rendre coûte que coûte! Pourquoi si tôt? En fait, on devait attraper le bus de retour de 14h30 pour Puerto Natales, et compte tenu des distances à parcourir, si on voulait voir le mirador, il fallait partir au plus tard vers 6h30! 

Comme Mémé restait défaire la tente, ça m'a donc permis de dormir un peu plus et de partir vers 6h40 à l'assaut de ce dernier tronçon du W! J'avais été encouragé par le fait qu'il ne pleuvait presque pas lorsque j'avais déjeuné... mais c'était un leurre! À la minute où je me suis engagé dans le sentier, il s'est mis à pleuvoir solidement! Il a plu sans arrêt pendant les 2h de marche!! Avec mon imperméable d'excellente qualité (not), j'étais déjà mouillé à la grandeur après 10 minutes de marche! Bien qu'il pleuvait, des rayons de soleil réussissaient tout de même à percer de temps en temps, ce qui a fait en sorte que la vallée et la rivière que je suivais étaient périodiquement éclairés d'arcs-en-ciel! Malgré la pluie froide, c'était donc assez féérique!

J'ai trouvé les choses plus pénibles durant les 45 dernières minutes: je quittais l'abri relatif du couvert forestier pour m'exposer directement à la pluie et au vent glacial le long d'une montée abrupte sur la roche jusqu'à une lagune glaciaire! Une fois en haut, je suis arrivé au mirador, et un quasi-miracle est arrivé peu de temps après que je me sois abrité sous un rocher pour me protéger des éléments: il a cessé complètement de pleuvoir! Complètement trempé de l'intérieur, j'ai enlevé mon peu utile imperméable dans l'espoir que le vent puisse me sécher un peu! Bien qu'il faisait froid, le soleil, qui venait de réapparaitre, contribuait à me réchauffer un peu! Le couple d'Australiens transis de froid que j'ai croisé en haut m'a salué en grelottant, et il s'est alors passé une chose magique. Soudainement, le couvert nuageux s'est dissipé en grande partie et devant moi, en haut de la lagune glaciaire et des glaciers proprement dits, sont apparues clairement les tours de granit de Torres del Paine. J'avais le site pratiquement pour moi tout seul alors qu'il est habituellement envahi de touristes! Mis à part moi, il y avait aussi deux Français rencontrés au supermarché de Puerto Natales qui attendaient là sous la pluie depuis une heure que ça s'éclaircisse! Ils sont vite partis cependant, mourant de froid! Il y avait aussi un Italien de Rome éberlué que je ne porte pas mon manteau. J'ai bien tenté de lui expliquer que j'essayais justement de me faire sécher pour avoir moins froid au final, il me regardait avec des yeux ronds! Il a fini par me raconter quelques pans de sa vie récente concernant une fille qu'il avait rencontré et qui était un peu trop princesse pour monter au sommet (?). En tout cas, ça avait l'air compliqué!

Vous me croirez si vous voulez, mais j'ai ensuite passé une heure complète à regarder le panorama, à contempler les nuages s'accrocher et se réaccrocher aux tours de pierre dans l'espoir de voir le mieux possible les tours, à voir les jeux de couleur sur les pierres en raison du soleil... J'ai eu du mal à m'arracher au spectacle, et c'est sous un gros soleil que je suis revenu sur mes pas vers le camping chileno. Sur le chemin du retour, j'ai croisé un nombre incalculable de touristes qui partaient vers le mirador en profitant du retour du beau temps: dans quelques instants, le site allait perdre une bonne part de sa magie. Quelle chance j'avais eu d'être là exactement au bon instant, au bon moment, pour un tête-à-tête (quasi) solitaire avec ce panorama magnifique! Ça valait bien la douche froide et tous les efforts effectués! 

J'ai ensuite rejoint Mémé au campement Chileno, qui avait bravement défait la tente sous la pluie et le vent un peu plus tôt! Elle était à l'accueil du camping, à lire en grelottant!

Vers 11h, on a débuté la descente vers notre ultime but de ces cinq jours de trek: la base Hotel Las Torres. On a mangé en observant le panorama: la vallée avec la rivière, les montagnes, les lacs glaciaires... Pas trop mal! Il fallait faire attention par contre de ne pas partir au vent, parce qu'ici le vent décoiffait un peu et qu'on marchait à flanc de montagne! Une heure 30 plus tard, on parvenait à l'hôtel Las Torres! On était sales, nos pieds, jambes et dos avaient souffert, mais on avait survécu au sentier W!! Verdict: c'est véritablement un trek exigeant, ne serait-ce que parce que c'est 5 jours et qu'il faut traîner toutes nos affaires dans de lourds sacs à dos, mais ça vaut la peine tellement les paysages sont magnifiques!

On a pu attraper une navette (pour laquelle il fallait encore payer, naturellement, même si le trajet durait 15 minutes) vers l'entrée du parc (Laguna Amarga), juste avant qu'il ne se remette à pleuvoir! L'averse était déjà finie quand on a débarqués à Laguna Amarga pour attendre notre bus de retour vers Puerto Natales. On y a retrouvé les Suisses et les Français de Citroën, avec qui ont a parlé un moment en attendant notre transport. Éventuellement, tous les bus, sauf le nôtre, sont arrivés. Après un moment, soupçonnant quelque chose, on 'est informés auprès d'un chauffeur. "Ah prenez ce bus, c'est la même chose!" nous a-t-il dit en pointant un bus d'une autre compagnie qui n'avait rien à voir avec celle avec laquelle on avait fait affaire! Comment on aurait pu savoir???

Le retour s'est fait sans histoires vers Puerto Natales. On a pu saluer une dernière fois les Torres del Paine au loin et on a roulé vers la ville en croisant tout plein de troupeaux de guanacos. La fatigue des derniers jours ont eu raison de nous par contre et on s'est endormis assez vite... 

Une fois en ville, on combattu le vent pour aller reporter mon peu utile manteau à l'agence qui me l'avait loué. On en a profité pour indiquer à l'auberge de jeunesse attenante qu'un autre marcheur qu'on avait croisé allait s'y rendre en soirée (il partait plus tard du parc et s'inquiétait qu'il ne puisse arriver à temps). "Ah c'est vraiment gentil!" nous a dit la fille de l'auberge qui semblait trouver que c'était la meilleure idée du monde, "on se demandait justement si ce gars-là allait venir finalement" Ben, s'il a réservé, c'est qu'il est censé venir, non? En tout cas... 

De retour à Backpacker Nataly, notre hostel, on a retrouvé toute la bande d'Israëliens... Cette fois, on n'était plus dans le dortoir de 17 personnes, mais dans une chambre de six. Ça ne changeait pas grand-chose car tous les autres lits étaient occupés par des Israëliennes... et par leurs "chums" respectifs! Un Israëlien que tout le monde surnommait Chico (le même qui trippait sur Harper) nous a offert du chocolat, puis on a pris des douches chaudes pour se débarrasser de la poussière et de la vieille crème solaire! 

En sortant pour aller souper, j'ai jasé 2 minutes à un Chilien un peu weird qui faisait des crêpes dans la cuisine, avec qui j'ai eu cet échange:
Chilien: "Tu viens d'où?"
François: "Du Canada"
Chlien: "Ah oui, en Europe"
François: "Non, je viens du Canada"
Chilien: "Oui, c'est ça, le Canada, c'est un pays en Europe"
François: "Euh?... Non en fait c'est en Amérique du Nord, au nord des États-Unis"
Chilien: "Ah ok"

Euh? Il y a des gens qui pensent que le Canada est en Europe???

Pour souper, on a décidé d'aller manger dans la place la plus trendy en ville, et l'une des microbrasseries les plus australes du monde: le pub Baguales! On a mangé de super burgers avec un verre de bière noire locale de très bonne qualité! L'endroit était vraiment cosy et ça faisait du bien de manger un repas chaud! Le pub s'est aussi rempli très rapidement: il faut dire que c'est à peu près le seul endroit digne d'intérêt pour sortir à Puerto Natales! C'est aussi l'un des lieux prisés par les marcheurs qui s'apprêtent à partir pour Torres del Paine ou qui en reviennent. D'ailleurs, en sortant du resto, on a recroisé les Suisses à une table plus bas! Puerto Natales étant une toute petite ville, on a aussi croisé les Français du supermarché un coin de rue plus loin! 

De retour à l'hostel, on s'est reconnectés avec le monde extérieur avant d'aller se coucher en allant consulter nos courriels (bien évidemment, il n'y avait pas de wifi à Torres del Paine)! D'ailleurs, même ici, la connexion est tellement lente que surfer sur Internet est plus frustrant qu'autre chose!

Voilà qui clôt notre passage à Torres del Paine et en Patagonie chilienne! Le retour en Argentine pour très bientôt!

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