Salut! C'est François!
De bon matin, on a pris la navette de notre hostel qui nous menait à la gare, où on prenait ensuite notre bus pour El Chalten. Concept un peu bizarre que ce ramassage à chaque hostel pour ensuite se faire débarquer à la gare: on pourrait tout simplement s'y rendre par nos propres moyens et prendre le bus? Mais bon, on ne se plaindra pas! Surtout qu'il tombait un petit crachin ce matin-là!
On est donc partis pour 3h de bus vers El Chalten. En sortant d'El Calafate, une affiche inusitée sur le bord de la route: on y voit la photo de l'ex-présidente argentine, Cristina Kirchner, et la mention "Bienvenidos a casa!" ("Bienvenue à la maison!") Eh oui, elle est originaire d'El Calafate! Elle et son mari Nestor ont dirigé l'Argentine depuis 2003, et elle a récemment été battue aux dernières élections nationales...
Une fois sortis d'El Calafate, on tombe rapidement dans ce qui compose l'essentiel de la Patagonie argentine: des steppes herbeuses immenses, vides, sans arbres. Ces grands espaces arides et venteux, entrecoupés d'innombrables petits arbustes, laissent parfois passer une rivière glaciaire, à l'eau turquoise, entre deux collines. C'est un paysage interminable et répétitif, aussi magnifique qu'hypnotisant. Ici, il n'y a tellement rien entre les quelques rares villages que les cartes indiquent même les emplacements des bâtiments centraux des estancias (ranchs)! En effet, la Patagonie est divisée en immenses domaines privés (les estancias) où sont élevés des moutons qui broutent l'herbe de la steppe. C'est clôturé mais ça n'empêche pas les animaux sauvages comme les guanacos (des genre de lamas sauvages), les nandus (des genre d'autruches) et les flamants roses de s'y promener librement! De temps en temps, quand on aperçoit un bosquet d'arbres de la route, on sait alors que c'est là que se trouve les bâtiments principaux d'une estancia!
Sur le chemin vers El Chalten, on a d'abord remonté une rivière puis on s'est arrêtés à l'estancia La Leona pour une pause. On a ensuite obliqué vers El Chalten à un carrefour désert (il n'y a pas beaucoup de circulation en Patagonie: avec les paysages mgnifiques, c'est l'endroit idéal pour un road trip) et on a continué le long d'un grand lac glaciaire. Petit à petit, les steppes ont laissé place aux montagnes au fur et à mesure qu'on s'approchait des Andes. Avant d'arriver au village, tous les passagers du bus sont descendus à la station des gardes-parc (car El Chalten est situé au coeur de la partie nord du parc national Los Glaciares, le même qui englobe le glacier Perito Moreno où nous nous étions rendus la veille). Là, les rangers nous ont exposé les règles du parc et les principaux sentiers qui pouvaient se faire au départ du village, puis on est remontés dans le bus faire les 300m qui nous séparaient du terminal!
Comme toutes les villes et villages de Patagonie, El Chalten ne gagnera pas la palme de l'architecture la plus extraordinaire, mais c'est une minuscule bourgade sans prétention, aux toits colorés, sise dans une belle vallée où coule une rivière tumultueuse. On y trouve tout autant de chiens errants que partout en Patagonie. L'endroit est plus agréable qu'El Calafate en tout cas, et on était contents d'y passer les prochains jours. On a marché vers notre hostel en affrontant le vent froid. Ici, les bourrasques peuvent atteindre 100 kmh!
À l'hostel, on a eu la confirmation par courriel (après un peu de gossage au téléphone) que nos billets aller-retour vers Puerto Natales, au Chili, avaient bien été achetés, ce qui nous permettrait d'aller marcher dans quelques jours dans le célèbre parc Torres del Paine! Je ne sais pas si on vous l'a dit, mais ces 3 villes de Patagonie (El Calafate, El Chalten et Puerto Natales) sont TRÈS touristiques durant l'été austral (i.e. maintenant). Comme l'offre de services (hébergement et transport) suffit à peine à répondre à une demande grandissante, on s'est vite rendus compte qu'il fallait tout réserver d'avance! Là on était le 24 décembre et on réservait nos billets vers Puerto Natales aller le 28 décembre et retour le 3 janvier. Or, c'était déjà presque plein pour ces deux dates, autant d'avance! C'est fou! D'ailleurs, on avait été bien chanceux de trouver la veille une place en hostel à El Chalten pour ce soir, tout était plein partout!
Une fois ces tramites terminés, on a mangé des sandwichs puis on est partis faire ce qu'il y a à faire à El Chalten: de la randonnée! El Chalten est l'une des destinations les plus populaires en Patagonie pour les treks, en raison des paysages magnifiques qu'on y trouve. Ici, le vent et l'érosion ont sculpté les Andes pour en faire un massif particulier où émergent de véritables tours effilées de granit. La plus connue est le mont Fitz Roy: allez voir sur Internet! Le sentier qu'on faisait en cette veille de Noël devait nous conduire à la laguna Torre, un plan d'eau faisant face au mont Torre. On a marché pendant environ 6h aller-retour, à travers les collines et les forêts de bouleaux austral. Voici l'autre facette de la Patagonie, avec les steppes: les forêts de Magellan! Ici, les Andes arrêtent les nuages, qui déversent leur eau sur les pentes des montagnes. Contrairement à la steppe qui reçoit peu de précipitations, ce microclimat permet à des forêts de pousser. Pour une raison mystérieuse, ces forêts ne sont constituées que d'un seul type d'arbre, un genre de bouleau noir aux feuilles minuscules. Pas de conifères ni d'autres espèces!
Il faisait nuageux cette journée-là mais la visibilité était quand même bonne. Par contre, il faisait froid! Un léger crachin nous a accompagné au début, mais celui-ci s'est ensuite changé en neige plus on grimpait vers la lagune! On ne se sentait pas trop dans l'esprit de Noël, mais disons qu'avec la neige, ça nous aidait! Après 3h de marche, on a grimpé la moraine rocheuse pour accéder à la lagune Torre sous le vent et la neige, avec les montagnes enneigées et un glacier en arrière-plan! C'était superbe!
Au retour vers El Chalten, on est revenus via un chemin alternatif qui nous donnait une vue sur le village et la vallée, puis, comme il était près de 20h, on s'est mis en tête de trouver quelque chose à manger. De nombreux restos proposaient des menus alléchants pour la veille de Noël... mais on a fait le saut quand on a vu les prix! De 75$ à 95$ par personne pour un menu navideno!!! On veut bien que ce soit Noël, que ce soit la Patagonie et qu'on soit en haute saison touristique, c'est tout de même un bon montant pour un repas! On s'est finalement rabattus sur des plats à emporter d'un resto végétarien, qu'on a quand même accompagné de cidre de pomme (spécialité argentine) pour Noël! En revenant à l'hostel pour manger, on a pu assister à la "parade" du Père Noël dans le camion de pompier du village, qui remontait la rue principale en actionnant sa sirène!
Après avoir mangé, on était complètement crevés, le visage rougi par le soleil. Voici un autre mystère: il avait fait nuageux toute la journée et on avait mis de la crème, mais on se retrouvait quand même avec des coups de soleil! Et ça s'est confirmé lors de toutes nos randonnées en Patagonie! En plus, comme on est loin de l'équateur ici, on devrait être moins exposés au soleil, non? Y a-t-il un scientifique dans la salle qui pourrait nous expliquer ce phénomène? Cela dit, comme c'était Noël, on a tenté de skyper avec la famille de Mémé, mais ça a échoué assez misérablement en raison de la piètre qualité de la connexion Internet d'El Chalten... On a donc été se coucher, fourbus, et ça a été notre soirée de Noël haha!
Jour 2 à El Chalten: à notre réveil, il pleuvait des cordes et il faisait toujours aussi froid. Et à regarder le couvert nuageux, c'était parti pour durer toute la journée. Pas super pour une randonnée de 8h comme on comptait faire! Mais avant, on devait faire nos sacs et changer d'hostel, car celui-ci était plein et on avait réservé 2 autres nuits dans un autre (les joies de voyager en haute saison en Patagonie, sans avoir réservé des semaines d'avance). Cela dit, notre nouvel hostel (Condor de los Andes) était vraiment mieux!
Qu'est-ce qu'on fait quand il pleut à boire debout, que la visibilité est nulle et que la seule chose à faire dans le village où l'on se trouve est de la randonnée? On prend ça relax! On s'est donc fait une soupe, on a fait le lavage, on a écrit le blog, on a lu, on a parlé aux autres touristes oisifs de notre hostel, on a téléchargé et envoyé par courriel une photo à nos parents (cette dernière opération, a priori plutôt simple, nous a pris environ 3h tellement l'Internet était lent)... Puis, il s'est mis à neiger à gros flocons mouillés sur le village! Tout le monde s'est précipité dehors pour prendre des photos! Il faut comprendre qu'ici, on est au début de l'été et ce n'est pas habituel qu'il neige à cette période-ci de l'année! C'est comme s'il neigeait en mai chez nous! J'en ai profité pour aller marcher un peu: en tout cas, on pourra dire qu'on l'aura eu, notre Noël blanc!
Il y avait une famille de Coréens dans notre hostel dont la petite fille avait adopté un des chiens errants de la ville. Celui-ci l'attendait au pas de la porte, complètement trempé par la pluie glacée. La petite Coréenne est alors sortie pour essuyer tant bien que mal le chien avec du papier de toilette! Inutile de vous dire que le chien était aux anges! Parlant de Coréens, le père de la famille faisait constamment la vaisselle. Il monopolisait toujours l'évier de la cuisine pour ça! OK, il cuisinait, mais c'était quand même intense son affaire, je ne sais pas comment il faisait pour salir autant de vaisselle!
La neige s'est rechangée en pluie au cours de l'après-midi et a faibli un peu , ce qui m'a rendu optimiste pour effectuer une petite promenade vers une jolie cascade en remontant la rivière. C'est là que je me suis rendu compte que mon coupe-vent n'était pas vraiment imperméable... Après deux heures de marche, j'étais mouillé de la tête aux pieds, alors que Mémé grelottait dans ses souliers trempés! De retour à l'hostel, on a tout fait sécher et on a jasé avec un couple de Néerlandais. Le gars occupait un emploi pour le moins singulier: il était ingénieur sur une plate-forme pétrolière au large de la Terre de feu, tout au sud de l'Argentine! Il travaillait 4 semaines de nuit sur place, puis la compagnie lui payait le billet d'avion vers la Hollande où il avait quelques semaines de repos avant de recommencer!
Une fois changés, on est allés manger une pizza bien argentine (immigration italienne oblige) au Patagonicus, un resto à un jet de pierre de notre hostel (mais tout est proche ici). Là, on a retrouvé des Belges germanophones bien sympathiques à qui Mémé avait parlé la veille et à qui on a jasé un moment. De retour à l'auberge de jeunesse, comme c'était Noël, j'ai fait une tentative de Skype avec ma famille, mais là encore ça n'a pas été une réussite! Mémé a par contre pu mettre son savoir médical à contribution en aidant une fille de Vancouver qui partageait notre chambre et qui avait une éruption cutanée. Pratique de voyager avec une externe en médecine!
Jour 3: à notre réveil, il pleuvait encore... On a bénéficié de notre déjeuner inclus (un bout de pain, de la confiture et du beurre, et une boisson chaude: pas de quoi nous soutenir plus d'une heure!) puis on est partis vers l'agence avec laquelle on devait partir ce jour-là. On avait en effet réservé un tour pour faire l'une des activités prisées de la région: la marche sur glacier! Malheureusement par contre, la mauvaise température obligeait l'agence à remettre le tour au lendemain... Voilà qui nous confinait à une journée de pluie comme la veille...
Cette fois, on a décidé d'aller marcher sous la pluie tout de même. Mais avant tout, il fallait m'acheter un poncho pour palier aux défaillances manifestes de mon coupe-vent. On cherchait un poncho cheap, en plastique épais, du genre celui qu'on peut trouver au Dollorama pour un ou deux dollars chez nous. Devinez combien on vend un poncho de piètre qualité à El Chalten? 23$!!! Le même magasin vendait une bouteille thermos toute simple 95$!!! D'accord, El Chalten est une destination chère même selon les standards patagons, mais là c'était indécent! On a donc trouvé une solution gratuite: j'ai revêtu un sac de poubelle par dessus mon coupe-vent! Ce n'était pas chic, mais ça a fonctionné, je n'ai presque pas été mouillé au torse!
On a marché sous la pluie froide vers le massif du Fitz Roy, complètement caché par les nuages. Après avoir mangé un sandwich sous un arbre, on a fait le tour de la petite lagune Capri. On est ensuite arrêtés à un point de vue où la visibilité était quasi-nulle, puis, compte tenu du moral déclinant de Mémé en raison de la pluie, du vent et du froid, on est revenus sur nos pas
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À la moitié du chemin de retour, contre toute attendre, la pluie a cessé et le ciel s'est progressivement dégagé, ce qui nous a permis de sécher un peu! On avait tout même marché 3h sous la pluie incessante! De retour à l'hostel, on s'est retournés pour jeter un coup d'oeil à l'endroit d'où on venait... et soudain on a vu le massif du Fitz Roy se découper au-dessus des montagnes! C'était magnifique! On aurait dû le voir du village depuis notre arrivée, mais les nuages nous en avaient jusque là empêché!
Transie de froid, Mémé est revenue relaxer à l'hostel, alors que je profitais du retour inespéré du beau temps pour faire le court sentier du mirador de los Condores. Parvenu en haut de la petite montagne, j'avais une vue sublime sur toute la chaîne du Fitz Roy, le ciel étant désormais complètement dégagé! C'est possiblement l'un des points de vue les plus beaux que j'ai pu observer! Je suis redescendu en courant vers le village rechercher Mémé qui ratait ce magnifique spectacle, en croisant au passage les Belges qui courraient vers le mirador! J'ai pu facilement convaincre Mémé de m'accompagner à nouveau au sommet, et une fille de Vancouver s'est également jointe à nous. Elle y avait été un peu plus tôt, mais voulait y retourner pour profiter de la vue! On est restés un bon moment à admirer le spectacle en s'abritant du vent! Je manque de qualificatifs pour vous décrire à quel point c'était beau, et les photos ne rendront probablement pas justice à la beauté du tableau qui s'offrait à nous!
De retour en ville, Mémé et moi sommes partis souper dans un bon resto. Un excellent repas nous attendrait : 2 casseroles accompagnées d'une bouteille de vin patagon (Bodega del fin del mundo)! On a eu comme spectacle des chiens qui jouaient par la fenêtre haha! Bref, une très belle fin de soirée pour une journée riche en émotions!
Pour notre quatrième journée à El Chalten, on s'est levés tôt pour notre excursion au glacier Viedma. Cette fois, la température superbe a fait en sorte que nous avons pu partir! On s'est d'abord rendus au lac Viedma, un grand lac glaciaire entouré de montagnes enneigées. De là, on a fait une superbe croisière d'une heure sur le lac en direction du glacier Viedma! Le bateau est passé près de la façade du glacier, d'environ 40 m de haut, en naviguant entre les icebergs (heureusement, pas de remake du Titanic!). Puis, on a accosté et on a franchi une petite butte vers le glacier. On avait plusieurs jeunes guides qui accompagnaient notre groupe d'une trentaine de personnes, et ceux-ci ont eu tôt fait de repérer la dame en imperméable jaune qui avait le plus besoin d'aide!
Arrivés au glacier, on a chaussé nos crampons (qu'on ajoutait à nos souliers), on a eu un cours express sur comment se déplacer sur un glacier, et on est partis! Le glacier était couvert de pierres et de sable, qu'il ramasse en longeant les montagnes un peu plus haut. Ce n'était donc pas le blanc immaculé auquel on pourrait penser, mais plus on s'éloignait du bord de roche, moins il y avait de débris.
C'est comment, marcher sur un glacier? Eh bien, ça ressemble drôlement à marcher sur... de la vieille neige bien compacte! C'est donc quelque chose que nous, Québécois, on connait déjà! La différence principale? Il y a tout plein de trous et de crevasses, parfois très profondes, sur un glacier, donc il faut savoir où on marche! Et même si le dessus du glacier fait penser à de la vieille neige, plus on va profond plus on trouve de la véritable glace!
Après plusieurs observations de crevasses, des explications sur la formation des glaciers et un peu de marche, nos guides nous ont dit qu'ils avaient une surprise pour nous... On a ainsi pu boire une liqueur de café on the rocks, avec des glaçons en provenance du glacier. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut boire un verre de Tia Maria avec des glaçons centenaires!
Par la suite, on a quitté le glacier et on est revenus sur la roche pour manger notre diner en attendant le retour de notre bateau. On a jasé à une famille de Français basques, puis on est revenus en bateau et en bus à El Chalten. Verdict de notre excursion sur le glacier, un must de Patagonie: c'était intéressant et bien sympathique, mais ça ne valait pas les 170$ par personne (eh oui, c'est très cher la Patagonie!) que ça coûtait! D'autant plus qu'on avait déjà vu de la neige et de la glace auparavant, alors c'était peut-être un peu moins impressionnant. Les paysages demeuraient très beaux cependant!
De retour à l'hostel, on a jasé un peu avec les Belges en attendant notre bus vers El Calafate. On a aussi été témoins d'une scène peu glorieuse, où un Français pestait contre la famille de Coréens passablement déconcertés, qui avaient semble-t-il pris "sa" place à une table de l'hostel : "Non mais y'a aucun moyen d'avoir une place adéquate! Fuck you!" La grande classe...
Notre retour vers El Calafate s'est fait sans histoire, et on a quitté les Belges au terminal. On est ensuite revenus vers l'hostel, où on a récupéré nos précieux billets vers El Calafate! Dans la pièce commune, on a jasé à des Québécois un peu colons "on voyage pour la rando et pour les belles filles" (on n'exporte pas toujours nos meilleurs spécimens...) On a rapidement pris congé d'eux pour aller se coucher car on partait le lendemain à 5h30 pour le Chili!
La Patagonie chilienne très bientôt, après cette longue entrée!